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Archive for the ‘DVD/Blu Ray – Sorties 2011’ Category

« Super » de James Gunn (2010)

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Un second film audacieux, à la fois trash et mélancolique, qui surprend constamment son spectateur. Parfois bancal, mais toujours délicieusement original.

En ces temps où les sorties en salles reflètent le politiquement correct qui gangrène dangereusement notre pays, le salut vient parfois des « direct-to-dvd », terme générique désignant les oeuvres distribuées uniquement en vidéo dans nos contrées. S’il est vrai que certains de ces films s’avèrent être d’indéfendables navets, il arrive aussi que de véritables perles se voient injustement privées d’une diffusion sur grand écran. Difficilement vendables, destinées à un public trop particulier, jugées trop subversives, etc. Les raisons, multiples et arbitraires, appartiennent malheureusement aux distributeurs. Ces dernières années, ce sont ainsi d’excellents films comme « Ginger Snaps » (2000), « Triangle » (2009), « Bedevilled » (2010) ou encore le fabuleux « Moon » (2009) qui ont vu leurs carrières au box office sacrifiées pour d’obscures considérations commerciales.

« Super », disponible dans les bacs depuis le 1er décembre, vient malheureusement allonger cette longue liste d’oeuvres outrageusement déchues. Narrant la triste histoire de Frank, monsieur tout-le-mode abandonné par sa femme pour les beaux yeux (et la marchandise) d’un dealer, décidant dés lors de devenir un super-héros pour combattre le crime alors qu’il ne possède aucun pouvoir, le film évoque bien évidemment le synopsis du surestimé « Kick-Ass » (2010). Cependant, là où l’oeuvre de Matthew Vaughn prenait soigneusement ses distances avec son sujet via l’utilisation d’un humour parodique permanent, « Super » se révèle être beaucoup plus ambigu (et intéressant) dans son traitement.

Pourtant, des scènes de pure comédie, « Super » en contient un certain nombre. De ce côté là, le contrat est plus que rempli. Mais là où le film s’avère bien plus subtil qu’il ne le laisse croire, c’est qu’il a l’intelligence de ne jamais se complaire dans la bouffonnerie quand il s’agit de dérouler son intrigue et de décrire ses personnages. Ce choix a pour effet de conserver une réelle tension dramatique tout au long du métrage, permettant d’imprévisibles ruptures de ton sans que le spectateur ne se sente jamais exclu. Ce dernier est donc contraint de « vivre » pleinement ce qu’il se passe à l’image, que ce soient les moments de pures comédies comme les séquences les plus extrêmes. A ce titre, précédant un épilogue ouvertement ambigu, la séquence de fin, gore et malsaine au possible, lui réservera bien des surprises.

Rainn Wilson - A real hero ?

Car plus qu’une réflexion parodique sur le mythe du super-héros, « Super » est avant tout le portrait sans concession d’une galerie de freaks tous plus déjantés les uns que les autres. Interprété par l’excellent Rainn Wilson (aperçu notamment dans « Six Feet Under »), Frank est ainsi dépeint comme un homme instable, broyé par la vie, dont les actes ne sont jamais héroïques, mais reflètent plutôt les névroses qui le hantent. L’histoire est narrée de son point de vue, obligeant les spectateurs à se plonger dans sa psyché fortement perturbée. L’expérience est d’autant plus dérangeante que, en matière de folie furieuse, les personnages secondaires qui gravitent autour de lui ne sont pas en reste.

Il faut ainsi souligner l’excellence d’un casting (réunissant notamment les trop rares Liv Tyler et Kevin Bacon) qui arrive à donner vie à des protagonistes pour le moins complexes. Impossible enfin de ne pas saluer l’hystérique (et incroyable) performance d’Ellen Page, véritable effet spécial à elle toute seule. Réussissant l’exploit de se rendre à la fois attachante et détestable, enchaînant les situations décalées avec une aisance surréaliste (notamment une séquence de sexe proprement hallucinante), sa prestation confirme qu’elle est l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération.

A la mise en scène de cet OVNI, il n’est guère étonnant de retrouver l’inclassable James Gunn, ancien poulain de la mythique « Troma Entertainment », inventeur des cultissimes « PG Porn » (à voir sur youtube) et réalisateur d' »Horribilis » (2006), premier long métrage déjà fortement recommandable qui rendait un hommage sincère aux meilleurs films d’horreur des années 80. Loufoque et jusqu’au-boutiste dans son propos, « Super » est ainsi marqué au fer rouge par l’anticonformisme salvateur de son auteur.

Pourtant, c’est aussi sur cet aspect que l’on peut formuler le seul bémol concernant le film. Bien qu’étant le moteur créatif du métrage, la totale liberté de ton dont fait preuve Gunn nuit parfois à l’ensemble, rendant ainsi certaines scènes superflues. Bien que l’ensemble reste très cohérent, il n’est pas interdit de penser qu’un peu plus de rigueur scénaristique et d’ambition formelle auraient permis au film d’atteindre une dimension supérieure.

Destiné à un public averti, « Super » reste néanmoins un excellent moment de cinéma. Mêlant l’énergie d’une série B à des ambitions auteuristes certaines, James Gunn signe une oeuvre qui ne ressemble qu’à elle même. De là à y voir les raisons de sa distribution par la petite porte, il n’y a qu’un pas que l’on peut aisément franchir…

« Super » – réalisé par James Gunn – avec Rainn Wilson, Ellen Page, Liv Tyler – en DVD/Blu Ray depuis le 1er décembre 2011

Written by critikju

décembre 13, 2011 at 10:59

« Panic sur Florida Beach » de Joe Dante (1993)

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Une chronique hilarante et poétique de l’Amérique du début des années 60. Une magnifique déclaration d’amour au Cinéma, par l’immense Joe Dante.

S’il y a bien un réalisateur qui aura payé très cher son insolence envers la toute puissante industrie hollywoodienne, c’est Joe Dante. Son nom est souvent inconnu du grand public et c’est une réelle injustice. L’homme, autrefois protégé de Steven Spielberg, aura en effet mis en scène toute une série de petits chefs-d’œuvre qui auront profondément marqué les enfants des années 80. Si le génial « Hurlements » (1980) est à présent essentiellement connu des amateurs de films de genre, le détonnant « l’Aventure Intérieure » (1987) et surtout le fantastique « Gremlins » (1984) restent des films cultes pour toute une génération de cinéphiles. En revoyant ces petites perles, ces derniers peuvent mesurer leur chance d’être nés à une époque où le « film familial » n’était pas synonyme de débilité et de politiquement correct, mais bien d’irrévérence et de fantaisie. Du fait de sa capacité à insuffler un véritable souffle personnel à tous les blockbusters qu’il aura eu sous sa responsabilité, Joe Dante reste l’un des cinéastes les plus emblématiques de ces années bénites.

Pourtant, au début des années 90, les événements tournent au vinaigre pour le jeune réalisateur. Malgré ses immenses succès passés au box office, l’insolent Joe Dante, trop grande-gueule et libre d’esprit, se voit peu à peu considéré comme un paria par les grands studios américains. L’échec commercial de l’incroyable « Gremlins 2  » (1990), véritable bras d’honneur anarchiste et suicide artistique sans-précédent (on se demandera toujours comment un tel projet a pu naître à Hollywood !), coûte très cher à sa carrière de cinéaste. Bien décidé à ne pas rentrer dans le rang, Dante décide de réaliser son film le plus personnel. Ce sera « Panic sur Florida Beach », ou « Matinee » en version originale… « Matinee », c’est en effet le nom donné aux légendaires séances de l’Amérique des années 50/60, où étaient successivement projetés des dessins animés, les actualités, ainsi que deux longs métrages. C’est au cours de ces longues séances (organisées paradoxalement… l’après-midi) que le jeune Joe Dante a construit sa passion pour le cinéma. Grand amateur de séries B horrifiques, celui qui deviendra plus tard l’élève de Roger Corman restera à jamais marqué par les œuvres de Jack Arnold, Kurt Neumann ou encore William Castle. Il gardera un souvenir ému de ces projections où les spectateurs « vivaient » le film, n’hésitant pas à réagir de manière disproportionnée à ce qui se passait à l’écran, quitte à parfois transformer la salle en un vrai champ de bataille.

L’action de « Panic à Florida Beach » se déroule en 1962, à l’occasion de l’une de ces séances particulières… La ville de Key West en Floride s’apprête à diffuser en avant-première le film de série B « Mant! », en présence du producteur Lawrence Woolsey. Ce dernier, sorte de croisement improbable entre Alfred Hitchcock et William Castle, adulé par les enfants du pays comme un maître de l’épouvante, est un adepte des séances « coups de poing » : pour provoquer l’effroi chez son public, il n’hésite pas à le soumettre directement à des explosions et des électrocutions en tout genre. Tout irait bien dans le meilleur du monde si la crise des missiles de Cuba et le spectre d’une guerre atomique ne faisaient pas irruption dans l’actualité, plongeant les habitants de Key West dans la paranoïa le plus totale.

C’est sur la base de ce scénario profondément loufoque que Joe Dante décide d’adopter le point de vue des gamins de l’époque. En montrant comment la destinée d’une poignée d’entre eux va se retrouver bouleversée par la fameuse projection, c’est surtout une part de lui-même qu’il met à nu. Avec tout l’humour et la sensibilité qu’on lui connaît, il nous parle d’une période qu’il a tant aimé, de l’enfance, des rêves qui s’y rattachent, des copains qu’on n’oubliera jamais, en passant par les premiers émois amoureux. Par la nostalgie qui s’en dégage, « Panic (…) » peut ainsi se rapprocher de grands classiques comme « American Graffiti » (1973) ou encore « Stand By Me » (1986). Cependant, le film s’en démarque par un sens inouï de la fantaisie, indissociable de son auteur. Au réalisme historique, Joe Dante privilégie une vision fantasmée des événements, véritable miroir de ses souvenirs personnels. La guerre froide, la peur et les contradictions de la société des années 60 sont ainsi mises en scène au travers le prisme d’un univers coloré et burlesque, tranchant avec la gravité des événements. Si Dante, fidèle à sa réputation, n’hésite pas à égratigner quelques comportements de l’époque, il le fait avec une vraie tendresse, sans jamais céder à un quelconque cynisme.

Cathy Moriarty & John Goodman - In Cinema, We Trust.

Car, au delà du contexte historique, le véritable sujet du film est finalement ce qui restera la plus grande passion de Joe Dante, c’est à dire le Cinéma. Lieu de tous les fantasmes et de toutes les libertés, la salle où est projeté le film de Woolsey est présentée comme un refuge face à l’absurdité du quotidien. Alors que les bombes menacent de tomber à tout moment sur Key West, les gens s’y retrouvent en masse pour se faire peur en toute sécurité devant « Mant! ». Cette petite série B à l’ancienne, véritable film dans le film, offre le privilège à Dante de rendre un hommage respectueux et hilarant aux œuvres à l’origine de sa cinéphilie. C’est enfin dans cette salle que se dénouent tous les enjeux dramatiques du métrage, au cours de péripéties surréalistes et assurément imprévisibles. Le dernier plan du film, d’une puissance émotionnelle incroyable, achève cette ode à l’évasion par l’imaginaire en nous présentant un couple d’adolescents pris dans une bulle d’amour, alors que des avions militaires grondent de manière menaçante dans le ciel. Une image inoubliable, qui apporte au film un nouveau degré de lecture et bouleversera assurément ceux pour qui l’imagination a toujours été une alternative à la brutalité de la vie.

Comme toujours chez Dante, le casting est remarquable, à commencer par les jeunes acteurs, tous d’une très grande justesse. Les seconds rôles ne sont pas en reste. Outre la présence de plusieurs fidèles du réalisateur (les excellents Dick Miller et Robert Picardo en tête), on retiendra la performance de Cathy Moriarty, dont l’humour pince-sans-rire fait mouche à chacune de ses répliques. A noter aussi la courte apparition de la toute jeune Naomi Watts, qui faisait ici ses premières armes dans un film américain. En ce qui concerne l’inénarrable producteur Woolsey, il est interprété par le toujours génial John Goodman, qui livre tout simplement l’une des meilleures prestations de sa carrière. Véritable personnage de cartoon à lui tout seul, à la fois businessman, show-man et grand enfant coincé dans un corps d’adulte, il est le maître de cérémonie de l’une des plus belles déclarations d’amour au Cinéma qui nous ait été donnée de voir.

Joe Dante & l'une de ses fidèles créatures.

« Panic sur Florida Beach » est sorti en 1993 dans l’indifférence générale, portant un coup presque définitif à la carrière de son réalisateur. Joe Dante étant visiblement conscient du caractère peu commercial de son film, « Panic (…) » a parfois la saveur d’une œuvre testamentaire. Pourtant, si Dante n’aura depuis lors réalisé que des films plus mineurs, son indépendance d’esprit reste intacte et chacune de ses nouvelles créations porte sa patte si reconnaissable. La marque d’un très grand auteur, malheureusement sacrifié sur l’autel d’une industrie de plus en plus conformiste. Dans ce contexte, on ne peut que saluer l’effort de l’éditeur Carlotta, qui a pris soin de rééditer avec respect cet extraordinaire « Panic (…) » en lui offrant des éditions DVD et Blu Ray exemplaires. C’est grâce à ce genre d’initiatives, éminemment non commerciales, que l’on peut continuer de percevoir le cinéma comme un art et non une industrie. Si vous procurer le film est donc un acte citoyen, ce sera surtout l’occasion de vous évader en découvrant une petite perle d’humour et de tendresse, injustement oubliée de la grande Histoire du cinéma.

« Panic sur Florida Beach » – réalisé par Joe Dante – avec John Goodman, Cathy Moriarty, Simon Fenton – sorti le 28 juillet 1993 – en DVD/Blu Ray depuis le 1er juin 2011

Written by critikju

juin 7, 2011 at 9:59