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Archive for the ‘Dossier Christopher McQuarrie’ Category

« Jack Reacher » de Christopher McQuarrie (2012)

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jack-reacher 01 Sous l’égide du tout puissant producteur Tom Cruise, Christopher McQuarrie rend un hommage jouissif aux vigilantes movies des 70’s.

Comment pourrait-on définir un producteur de talent ? Au delà de son aptitude à assurer le financement et la conception d’un film, c’est avant tout quelqu’un doté d’une vraie sensibilité artistique, capable à la fois d’anticiper les goûts du public, mais aussi de réunir autour de lui une équipe forte, où chaque talent individuel se verra valorisé et encouragé. Sans jamais perdre de vue son objectif de rentabilité, un bon producteur arrivera, par un sens non feint du contact humain, à canaliser les forces de chacun et à les mettre au service d’un projet dont la réussite prédominera sur les égos, le sien en tout premier lieu. Après une petite traversée du désert ayant découlé sur une remise en question de sa méthode de travail, c’est dans cet état d’esprit que Tom Cruise a abordé la mise en chantier de cet excellent « Jack Reacher ».

C’est en 2007 que l’acteur rencontre Christopher McQuarrie. A cette époque, le réalisateur de « Way of the Gun » (2000) cherche à financer un film historique relatant le complot allemand de 1944 visant à assassiner Adolf Hitler. Souhaitant initialement le réaliser, il revoit ses ambitions à la baisse en comprenant que son seul nom ne suffira pas à convaincre les studios. Il s’associe donc avec son ancien collaborateur, le metteur en scène Bryan Singer, avec lequel il n’a plus travaillé depuis le premier « X-Men » (2000). Singer, quant à lui, vient d’achever la superproduction « Superman Returns » (2006) et voit en cette nouvelle coopération un moyen de revenir à un film de moindre envergure. Le projet est ainsi proposé à la United Artists, dont Tom Cruise est alors membre de la direction. Ce dernier accepte de financer le film et, par la même occasion, s’octroie le rôle principal. « Walkyrie » sort ainsi en 2008 et, sans être un four, ne marque ni le public, ni la critique, la faute étant avant tout imputable à la mise en scène manquant cruellement souffle de Bryan Singer.

La collaboration Cruise/McQuarrie est cependant lancée, les deux hommes s’appréciant mutuellement. Pour redorer son blason, l’acteur relance la franchise « Mission Impossible » en prenant le risque, pour la première fois de sa carrière, de la confier aux mains d’un réalisateur novice en matière de cinéma live. C’est donc à Brad Bird, petit génie de l’animation, que la tâche incombe de succéder à J.J. Abrams. Confiant dans son nouveau poulain, Cruise affecte McQuarrie à l’écriture du scénario. « Protocole Fantôme » débarque sur les écrans en décembre 2011 et devient le plus gros carton de la franchise. Désormais sûr de ses choix, l’acteur/producteur décide de mettre en chantier une série de films fonctionnant sur les mêmes recettes de production. Il donne donc les pleins pouvoirs à Christopher McQuarrie pour adapter les romans du britannique Lee Child, dont le personnage de Jack Reacher, ancien policier militaire à la morale douteuse, en est le fer de lance.

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Rosamund Pike & Tom Cruise – L’union fait la force

Sorti en décembre 2012, « Jack Reacher » est l’accomplissement de cette troisième collaboration. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le pari est réussi tant ce long métrage, totalement anachronique, dégage un profond capital de sympathie. S’éloignant volontairement du protagoniste original (un colosse blond et mutique, à l’aspect physique à l’opposé de celui de Cruise), McQuarrie a envisagé son deuxième film comme un vibrant hommage aux vigilantes movies, genre décrié des années 70, dont les personnages de l’inspecteur Harry et de Paul Kersey (« Un justicier dans la ville »), adeptes d’une justice sauvage et expéditive, en sont les représentants les plus fameux. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que le film, comme les œuvres dont il s’inspire, ait été taxé de fasciste par une certaine critique. A l’image de son héros n’écoutant que son libre arbitre pour se placer au dessus des lois, « Jack Reacher » est une œuvre délicieusement amorale, parfois bourrine, qui s’appuie à merveille sur une intrigue de roman de gare pour mieux orchestrer une succession de séquences à la fabrication irréprochable.

S’ouvrant sur une glaciale fusillade au sniper (scène qui sera d’ailleurs déconstruite tout au long du métrage, comme dans un Brian De Palma de la grande époque), le film permet à McQuarrie de s’amuser à ressusciter un genre qu’il affectionne, tout en laissant pleinement éclater son sens inné du cadre et de l’espace. Que ce soit lors de bagarres d’une rare bestialité, pendant une magistrale course-poursuite simplement rythmée par des bruits de moteurs (« Bullit » (1968) ou « French Connection » (1971) ne sont pas loin) ou dans un final plein de rage évoquant celui de « Way of the Gun » en encore plus maitrisé, le réalisateur semble à l’aise avec tous les passages obligés, les transcendant avec brio par une réinvention constante de sa mise en image. Devant la caméra, Tom Cruise s’éclate dans la peau de ce surhomme à l’intelligence hors du commun, rôle qui le met une nouvelle fois en valeur tout en apportant une ironie salvatrice au spectacle proposé. C’est un vrai plaisir de voir la star casser des bras à la pelle en déclamant des punchlines dignes de Steven Seagal, lui qui endosse bien trop souvent le costume du héros propre sur lui à l’éthique irréprochable.

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Rajoutez à ce cocktail détonnant des seconds couteaux de prestige (Werner Herzog dans la peau d’un bad guy nihiliste, Robert Duvall en papy républicain adepte de la pétoire, …) et vous obtenez une série B survitaminée, pas toujours très fine mais constamment jouissive, dénuée de toute prétention auteuriste (une constante chez ce réalisateur plein d’humilité). Un deuxième essai plus que concluant pour Christopher McQuarrie qui, après avoir signé le scénario du très bon « Edge of Tomorrow »  en 2014, confirmera tout le bien que l’on pensait de lui avec le magistral « Mission Impossible : Rogue Nation » (2015). Cruise/McQuarrie, ou la preuve que l’union des talents donne souvent de belles choses.

« Jack Reacher  » – réalisé par Christopher McQuarrie – avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall – sortie le 26 décembre 2012

Written by critikju

août 12, 2015 at 3:57

« Way of the Gun » de Christopher McQuarrie (2000)

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the way of the gun 02Une première œuvre, parfois bancale, souvent brillante, où Christopher McQuarrie s’affirme en tant que cinéaste.

Quand il réalise « Way of the Gun » en l’an 2000, Christopher McQuarrie a 32 ans. Jusqu’alors, il ne s’est jamais retrouvé derrière une caméra. Sa carrière dans le cinéma, il l’a commencée en tant que scénariste pour son ami Bryan Singer au début des années 90. Après « Ennemi Public » (1993) qui, malgré des critiques positives, ne rencontre pas un grand succès, le duo accouche d’ « Usual Suspects » en 1995. C’est la consécration, le film caracolant en tête du box office mondial, raflant de multiples prix (dont l’Oscar du meilleur scénario original pour McQuarrie), devenant par la suite un classique du polar américain. Désireux de s’orienter vers la mise en scène, McQuarrie mettra pourtant près de cinq ans avant de se lancer dans un projet personnel. Ce sera donc ce « Way of the Gun », film noir teinté de western, où planent les fantômes de John Huston et de Sam Peckinpah.

Ce qui frappe lors des premières scènes de l’œuvre, c’est la sobriété dont fait preuve McQuarrie dans la mise en image de son récit. Le plus souvent, pour prouver sa compétence, un jeune réalisateur a plutôt tendance à étaler sa virtuosité, prenant le risque de se mettre en avant au détriment de son film. C’est pourtant la méthode inverse qu’adopte ici McQuarrie, privilégiant avant tout la fluidité et l’efficacité à une quelconque démonstration de force. Les cadrages sont sobres, les travellings doux, bien que l’ensemble ne manque pas de classe. Concernant son intrigue (une histoire très classique de kidnapping qui tourne mal), McQuarrie prend son temps, s’attardant sur chaque personnage, éclaircissant leurs enjeux sans pour autant trop en dire. Là encore, en tant qu’ancien scénariste, McQuarrie surprend. Plutôt que de souligner la situation de chacun par le dialogue, il préfère laisser parler ses images, permettant aux interprètes de construire leurs personnages par la gestuelle ou le regard (en exemple, on peut citer l’étonnante manière dont sont révélées les pulsions suicidaires d’un personnage, via un simple plan fixe). Seul le prologue, à la voix off explicative et ironique, tranche étrangement avec une première heure très sobre, où le langage visuel prédomine.

The Way of the Gun 01

James Caan & Benicio Del Toro – Rendez-vous avec la mort

Cette première partie, lente et avare en scènes chocs, pourra en rebuter certains. Cependant, le film prend une toute autre tournure au cours de sa deuxième heure, le réalisateur orchestrant de diaboliques retournements de situation, accélérant considérablement le rythme de son récit et ajustant sa mise en scène en conséquence. Faisant preuve d’une gestion de l’espace absolument exceptionnelle, McQuarrie prouve alors qu’il a tout d’un très grand réalisateur, se montrant capable de faire évoluer ses personnages dans des séquences d’action absolument dantesques. Scène au sniper, gunfight et affrontements crépusculaires, la retenue du début laisse progressivement sa place à un déferlement de violence, évoquant les westerns désenchantés des années 70 (sensation renforcée par le fait que la scène finale, d’une rare brutalité, se situe dans une hacienda mexicaine). McQuarrie n’abandonne pas pour autant ses enjeux initiaux, ces derniers se développant au cœur même de l’action, au rythme des épreuves imposées aux personnages. L’issue du récit, tragique mais non dénuée d’espoir, finit de mettre le spectateur sur les rotules.

Malgré de réels défauts, notamment une trop grande attention portée à des personnages secondaires, ayant pour effet d’hacher un récit qui aurait gagné a être plus resserré, « Way of the Gun » reste un film hautement recommandable. Soutenue par un casting d’exception (Benicio Del Toro, James Caan, Juliette Lewis, …), cette première œuvre hermétique à toutes les modes révèle un cinéaste de grand talent, humble et prudent, qui attendra 12 années supplémentaires avant de réaliser son second film.

« Way of the Gun  » – réalisé par Christopher McQuarrie – avec Benicio Del Toro, Ryan Phillippe, James Caan – sortie le 6 décembre 2000

Written by critikju

août 11, 2015 at 8:50

« Mission Impossible : Rogue Nation » de Christopher McQuarrie (2015)

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mission-impossible-rogue-nation-01Le Cruise Show à son apogée. Un divertissement irréprochable confectionné avec un talent rare par Christopher McQuarrie.

Il est tellement facile de taper sur Tom Cruise. Scientologue revendiqué, playboy à la vie personnelle rocambolesque et à l’égo surdimensionné, le bonhomme cumule les tares qui le rendent immédiatement suspect auprès d’une certaine intelligentsia. Pourtant, force est de constater que, depuis l’excellent « Mission Impossible : Protocole Fantôme » du génial Brad Bird en 2011, le p’tit gars de Syracuse s’est définitivement imposé comme un producteur de goût, sachant s’entourer d’artisans brillants afin d’offrir chaque année au public des blockbusters de qualité. « Jack Reacher » (2012), « Oblivion » (2013) et « Edge Of Tomorrow » (2014) n’étaient certes pas des chefs-d’œuvre mais, par leur écriture et leur mise en scène solides, tous tranchaient indiscutablement avec le tout-venant hollywoodien.

Ce nouvel opus de « Mission Impossible », saga entièrement dédiée à la gloire de son illustre acteur/producteur depuis près de 20 ans, ne déroge pas à cette règle. Mieux, en s’imposant sans difficulté comme l’un d’un meilleurs blockbusters de 2015, il fait figure d’apothéose de cette crédibilité artistique retrouvée. Mis en boite par Christopher McQuarrie, auteur oscarisé d’ « Usual Suspects » (1995), réalisateur du trop méconnu « Way of the Gun » (2000) et du très bon « Jack Reacher » (avec déjà le sieur Cruise en tête d’affiche, qui a eu le nez de voir en lui un talent rare), ce « Rogue Nation » comble nos attentes les plus folles.

Démarrant sur les chapeaux de roue par l’une des scènes les plus folles de la saga (le déjà culte décollage de l’A400M avec notre mégalomane préféré réellement accroché à sa carlingue), le film enchaine morceaux de bravoure sur morceaux de bravoure, avec une réelle déférence pour ses spectateurs. Cinéaste en pleine possession de son art, maitrisant la grammaire du divertissement comme peu d’entertainers en sont capables (impossible de ne pas penser au Hitchcock de « La Mort aux Trousses » et au Spielberg des « Indiana Jones », dans cette capacité rare à privilégier la crédibilité au réalisme), McQuarrie respecte le cahier des charges de la saga pour mieux y faire transparaitre son amour pour les récits d’antan, où seule comptait la jouissance simple du spectateur.

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Tom Cruise – I am the king of the world

C’est donc avec un plaisir constant que l’on se laisse porter par un scénario ultra-solide, sorte d’anthologie du film d’espionnage, remisant toute prétention au placard et assumant pleinement son statut de serial survitaminé, nous emmenant au quatre coins du monde dans une bonne humeur communicative. La connivence est totale avec le public, McQuarrie maitrisant à la perfection tous les passages imposés du genre. Corps à corps brutaux, suspens au cordeau, poursuites motorisées dantesques, duels crépusculaires… tout y est fun, lisible et brillant. Mention spéciale à une scène majestueuse, ayant pour décor l’opéra de Vienne, où le réalisateur multiplie les points de vue, maitrisant ses cadres et son découpage à la perfection, pour mieux jouer avec les nerfs de son spectateur, qui n’en demandait pas tant.

Dans cette succession ininterrompue d’orgasmes cinématographiques, le casting n’est pas en reste. A 53 ans, Cruise assure comme jamais, visiblement ravi de mouiller le maillot pour un long métrage qui ne cesse de le mettre en valeur de par sa qualité intrinsèque. Ses exploits en tant qu’Ethan Hunt trouvent néanmoins un réel contrepoint face aux agissements du personnage d’Ilsa Faust, campée par la sublime Rebecca Ferguson, dont le jeu impérial crédibilise un protagoniste ayant toujours une longueur d’avance sur l’espion star. On ne peut que se réjouir de découvrir enfin un rôle de femme utile à l’intrigue, dans une saga qui ne s’était jamais vraiment illustrée sur ce point. En ce qui concerne Simon Pegg, sidekick désormais habituel des « Mission Impossible », son incommensurable maitrise de la comédie fait mouche à chaque fois, ce grand monsieur prouvant par ailleurs, au détour d’une scène insoutenable, qu’il a tout d’un grand acteur dramatique. Jeremy Renner et Ving Rhames demeurent, quant à eux, assez sous employés, cet opus se centralisant beaucoup plus sur le personnage de Hunt, alors que le précédent était un vrai film d’équipe.

Néanmoins, ce choix n’handicape en rien un film qui réussit tout ce qu’il entreprend. Cette cinquième aventure d’Ethan Hunt se pose comme un idéal de divertissement, jamais prétentieux, qui en remet à tous les blockbusters ne trouvant leur crédibilité que par un sérieux déprimant, servant avant tout à masquer leur vacuité. Vain, « Mission Impossible : Rogue Nation » ne l’est jamais, parce qu’il rappelle à chacun que le cinéma reste avant tout une affaire de plaisir. Chapeau Tom Cruise. Chapeau Christopher McQuarrie.

« Mission Impossible : Rogue Nation  » – réalisé par Christopher McQuarrie – avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Simon Pegg – sortie le 12 août 2015

Written by critikju

août 9, 2015 at 8:27