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Archive for the ‘Cinéma – Sorties 2011’ Category

« Hugo Cabret » de Martin Scorsese (2011)

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Sincère mais raté.

Martin Scorsese aux commandes d’un long métrage pour enfants en forme d’hommage au pionnier du cinéma George Méliès, l’idée était sacrément enthousiasmante. L’immense metteur en scène délaissant son style incandescent pour réinventer un genre qu’il n’avait pas encore abordé, on s’attendait à vivre un véritable enchantement sur pellicule. Malheureusement, bien qu’armé des meilleures intentions du monde, cet « Hugo Cabret » voit inexorablement sa belle mécanique s’enrayer.

Le film démarre pourtant sur les chapeaux de roues. Un plan somptueux d’une horloge se métamorphosant en vue aérienne de Paris précède un mouvement de caméra vertigineux. A pleine vitesse, l’objectif plonge sur la ville, traverse des flocons de neige, s’engouffre dans la gare d’Orsay, frôle les voyageurs avant de s’arrêter sur les yeux bleus du petit Hugo. En quelques secondes, toute la virtuosité de Scorsese irradie l’écran.

Le premier quart d’heure qui s’ensuit ne démérite pas : peu dialogué, le film captive par une mise en scène brillante, étonnamment pensée en trois dimensions. Pour la première fois depuis « Avatar », la 3D n’est pas accessoire, tant les plans jouent à merveille sur les effets d’ambiance et de profondeur de champ. Comme pour le film de James Cameron, si vous ne découvrez pas « Hugo Cabret » en relief, vous ne pouvez pas vous targuer de l’avoir réellement vu.

Ben Kingsley & Asa Butterfield – Désillusion

Malheureusement, si la réalisation de Scorsese ne baisse jamais en qualité par la suite, le film dilue progressivement tout son potentiel poétique, la faute revenant à un scénario démonstratif dont Scorsese n’arrive jamais à s’affranchir. En alourdissant les passages clefs par une abondance d’éclaircissements inutiles, le cinéaste désamorce toute forme de merveilleux. Toute métaphore et toute digression fantastique se voient ainsi appuyées et surlignées jusqu’à l’écœurement, si bien que le film en devient cruellement didactique. Si « Hugo Cabret » ne manque pas de très belles scènes, elles n’existent qu’indépendamment de tout le reste, noyées dans de longs passages dialogués comme des articles de « Science et Vie ».

L’hommage direct à Méliès, orchestré dans la seconde partie du métrage, est le premier à pâtir de cette démarche. Scorsese a beau être sincère lorsqu’il affiche son amour pour l’œuvre du légendaire cinéaste, il traite son sujet d’une manière tristement scolaire. La séquence en flashback relatant la vie de Méliès est symptomatique de ce choix : construite comme un article encyclopédique et plombée par une voix off interdisant toute interprétation personnelle du spectateur, elle annihile son implication émotionnelle.

Le monde est une horloge et chacun de nous est un mécanisme indispensable à sa bonne marche. Une belle idée qu’il aurait fallu nous faire ressentir plutôt que de l’asséner lourdement par du texte. Probablement trop confiant dans les bonnes intentions de son scénario, Scorsese a oublié de faire ce qu’il défend pourtant corps et âme pendant plus de 2h : du vrai cinéma, poétique et fantastique, où l’image seule est porteuse de sens et d’émotion.

« Hugo Cabret » – réalisé par Martin Scorsese – avec Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield – en salles depuis le 14 Décembre 2012

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décembre 22, 2011 at 4:06

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » de Brad Bird (2011)

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Le meilleur épisode de la saga. Du concentré de fun à l’état pur.

La franchise « Mission : Impossible » a toujours occupé une place particulière dans le petit monde bien rangé des blockbusters, ne serait-ce que pour son aspect schizophrénique. A la fois prolongement cinématographique plus ou moins fidèle de la célèbre série télévisée éponyme et véhicule promotionnel à la gloire de son acteur/producteur Tom Cruise, elle aura vu défiler à sa réalisation des cinéastes de renom. Avec plus ou moins de succès, ces derniers auront tenté d’imposer une vision personnelle à la saga. Après un premier volet culotté (et mésestimé) signé de l’immense Brian De Palma, un second opus kitchissime qui voyait John Woo se vautrer dans l’auto-parodie outrancière, et enfin un troisième épisode humble et jubilatoire confectionné par le toujours respectable J.J. Abrams, c’est désormais au multi-oscarisé Brad Bird qu’il incombe la tâche de prolonger la franchise.

Ce choix de metteur en scène, apparemment suggéré par Abrams (ici coproducteur du projet avec Cruise), avait de quoi exciter la curiosité. Car même si Brad Bird signe son premier film « live », ses réussites précédentes en matière d’animation le plaçaient déjà dans la cour des plus grands. Auteur du trop méconnu et profondément émouvant « Le Géant de Fer » (1999), Bird avait ensuite rejoint l’écurie Pixar au début des années 2000. En son sein, il avait signé deux des plus importantes réussites du célèbre studio à la lampe : l’ébouriffant « Les Indestructibles » (2004) et le magnifique « Ratatouille » (2007). Au travers ces premières oeuvres iconoclastes transparaissaient son sens inné du rythme et de la fantaisie, sa fascination pour les époques révolues, ainsi que son amour pour les petits détails surréalistes qui font « vivre » un film, que ce soient les gadgets technologiques improbables du « Géant… » et des « Indestructibles », ou encore l’inventaire sensitif des odeurs et des saveurs de « Ratatouille ».

Lorsqu’un auteur de cette qualité se retrouve aux rênes d’une superproduction hollywoodienne, il est toujours passionnant de voir de quelle manière il va réussir à exister artistiquement. Sachant qu’une autre des particularités des oeuvres de Bird venait de son obsession à dépeindre un groupe de personnages au sein duquel il était difficile d’identifier un héros unique, comment allait-il pouvoir concilier cet élément avec l’égo légendaire de Cruise ? Heureusement, Bird confirme ici qu’il est un auteur intelligent et applique une stratégie on ne peut plus payante : comprendre ce qu’attend la production en matière de figures imposées, mettre ces éléments en boîte avec le plus d’efficacité possible, puis lier le tout en y apportant sa patte personnelle.

« Mission : Impossible 4 » est un film de commande et Brad Bird le sait bien. Il s’attache à faire au mieux ce qu’on attend de lui, c’est à dire à illustrer un scénario peu original tout droit sorti d’un vieux James Bond, tout en mettant en valeur sa star à maintes reprises. En apparence, « M:I-4 » se résume donc à une course poursuite contre un bad guy russe déséquilibré qui souhaite déclencher une guerre nucléaire. Toujours très en forme malgré ses presque 50 printemps, Tom Cruise garde le beau rôle en la personne d’Ethan Hunt et exécute lui-même un grand nombre de cascades spectaculaires. Bref, on est en terrain familier. Le cahier des charges est plus que respecté.

Pourtant, si la recette est connue, Brad Bird prend un malin plaisir à la transcender. Comme Rémy dans « Ratatouille », l’auteur sélectionne avec pertinence ses ingrédients, enrichit sa soupe d’épices inédites et livre un plat qui lui est tout à fait personnel. Visiblement grand admirateur de la série d’origine, il offre au personnage de Cruise une véritable équipe, où chaque membre se voit doter d’un background travaillé et d’une personnalité affirmée. Délaissant ainsi les rôles de faire-valoir qu’occupaient leurs prédécesseurs, les équipiers prennent peu à peu de l’importance et, même si Hunt en reste le personnage principal, le long métrage se métamorphose subtilement en « film de bande », retrouvant ainsi l’esprit de la série des 60’s.

Simon Pegg & Tom Cruise – La guerre froide est déclarée

Fidèle à son amour pour la démesure et les technologies improbables, Brad Bird articule ensuite ses séquences de suspense selon un mode opératoire qui lui est propre, privilégiant l’originalité de la situation au spectaculaire. Contraints de réaliser des prouesses incroyables pour atteindre leurs objectifs, les protagonistes prennent un malin plaisir à se mettre dans des positions inconfortables, tout en s’appuyant sur des gadgets souvent défectueux. Que leurs buts soient de dérober des documents au Kremlin, d’escalader la plus haute tour du monde (formidable séquence à Dubaï) ou d’infiltrer une fête en Inde, les ratés s’accumulent, les situations s’enveniment et la tension artérielle du spectateur s’affole dangereusement.

Ce suspense insoutenable est considérablement amplifié par le fait que les différents protagonistes s’avèrent faillibles au fur et à mesure que l’intrigue avance. Certes, ce sont des « super-agents », mais la difficulté de leurs missions successives va mettre à rudes épreuves leurs remarquables capacités. Cette impression que rien ne fonctionne, que les « héros » perdent pied et que l’échec est inévitable provoque une sensation de tension rarement atteinte au cinéma. Brad Bird se sert de ce procédé comme moteur de son récit, lui permettant de captiver son audience avec une maestria évidente. Bien que malmenés, les spectateurs en redemandent, galvanisés par ce spectacle délicieusement stressant, qui s’avère aussi extrêmement drôle par le burlesque de certaines situations rocambolesques.

Finalement, les faiblesses de chacun, le renoncement que l’on peut éprouver face à une situation désespérée, toutes ces thématiques étaient déjà présentes dans les oeuvres précédentes de Bird. Par bien des aspects, ce « Mission : Impossible » peut se voir comme un remake « live » des « Indestructibles ». Même rythme trépidant, même super-personnages qui butent face aux obstacles, même morale sous-jacente : on n’arrive à rien sans les autres. L’individu doit s’effacer au profit de l’équipe. Comme Hogarth et son robot, comme Rémy et Linguini, c’est ensemble que l’on peut réussir à soulever des montagnes. Osé pour un « produit » qui, au départ, devait simplement servir à mettre en valeur sa star principale…

Réalisé avec une passion communicative, prodigieusement haletant et toujours fun, « Mission : Impossible – Protocole Fantôme » s’impose comme une réussite majeure du film d’action. S’affirmant définitivement comme un très grand auteur, Brad Bird a parfaitement négocié son passage au film en prises de vue réelles. On attend avec impatience de voir ce que va accomplir à son tour Andrew Stanton, son compère de chez Pixar, qui a lui aussi tenté l’aventure du film « live » avec le mystérieux « John Carter », dont la sortie est prévue pour le 7 mars 2012.

« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » – réalisé par Brad Bird – avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg – en salles depuis le 14 Décembre 2011

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décembre 18, 2011 at 11:35

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Poulet aux Prunes » de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2011)

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Une histoire remarquable ne suffit pas à faire un grand film. L’adaptation de la magnifique bande dessinée éponyme par sa créatrice déçoit.

Publiée en 2004, « Poulet aux prunes » est un chef d’œuvre incontestable du neuvième art. Narrant l’agonie volontaire d’un grand violoniste perse ayant perdu goût à la vie, sa lecture bouleversait. Par la poésie de ses illustrations et l’intelligence de son découpage, Marjane Satrapi sublimait le scénario magnifiquement tragique qu’elle avait imaginé. Page après page, le lecteur se voyait frappé d’un intense sentiment de mélancolie qui perdurait longtemps une fois l’ouvrage achevé.

Après cette flamboyante réussite (couronnée par le prix du meilleur album au festival d’Angoulême), l’auteur avait courageusement décidé de poursuivre son travail créatif au cinéma. Adapté de ses premières oeuvres autobiographiques, le film d’animation « Persepolis » (2007 – co-réalisé par Vincent Paronnaud, autre grand nom de la BD) réussissait à transcender son matériel d’origine. Au travers une utilisation brillante de toutes les techniques de narration offertes par le dessin animé, chaque étape clé de l’histoire se voyait ainsi sublimée. Oeuvre audacieuse, politique et profondément nostalgique, « Persepolis » obtint à Cannes un Prix du Jury amplement mérité.

On attendait donc avec une réelle impatience cette version cinématographique de « Poulet aux prunes ». Le souhait de sa génitrice d’en faire un film « live » annonçait une nouvelle prise de risques pour cette créatrice hors norme. Après avoir tant brillés dans la bande dessinée et l’animation, il était passionnant d’imaginer comment Satrapi et Paronnaud allaient désormais mettre leur sensibilité au service d’un médium qui leur était jusqu’alors inconnu. Hélas, ce « Poulet aux prunes » version cinéma est à mille lieux du formidable ascenseur émotionnel qu’était la bande dessinée. Si l’histoire reste toujours aussi sublime, son traitement déçoit terriblement.

La sincérité des auteurs n’est cependant pas à remettre en cause. On sent qu’un long travail a été effectué en amont pour donner au film un esthétisme et un « cachet » particuliers. A quelques détails prêts (notamment un double rôle affecté à Jamel Debbouze qui dessert grandement une scène clé de l’intrigue), le casting est lui aussi irréprochable. Non, ce qui fait cruellement défaut à « Poulet aux prunes », c’est sa mise en scène. Enchaînant les plans fixes, la caméra reste désespérément amorphe. Les redondants zooms/dézooms ne font guère illusion. Les personnages semblent figés, leur positionnement dans le cadre n’ayant été visiblement pensé que sur un aspect bidimensionnel. Incapables de tirer parti des possibilités offertes par le mouvement, Satrapi et Paronnaud ont inconsciemment filmé leur histoire comme des cases de bandes dessinées. Si cette manière d’envisager la narration fonctionnait sur « Persepolis » (l’animation traditionnelle et la BD étant deux média intrinsèquement liés), elle s’avère inappropriée au cinéma.

Il résulte de cette mise en scène passive une cruelle impression d’étouffement. Les moments clés du récit, qui nous bouleversaient tant dans l’oeuvre d’origine, ne décollent jamais comme ils le devraient. Certains dialogues apparaissent comme superflus tant on se rend compte qu’il aurait été indispensable de les envisager en terme d’images et non pas de mots. Des plans larges, de l’amplitude, du lyrisme, de la grâce, voilà ce qu’il aurait fallu insuffler à ce « Poulet aux prunes ». En l’état, l’oeuvre se résume à une succession de scènettes illustratives ne faisant jamais honneur à l’aspect magnifiquement tragique de son sujet.

Golshifteh Farahani & Mathieu Amalric - L'amour ne se décrit pas, il se ressent.

Finalement, que reste-t-il de la grandeur de la bande dessinée éponyme ? Uniquement son « squelette », c’est à dire son histoire originelle. Sans narration appropriée, ce n’est malheureusement pas suffisant pour le cinéma. Pour tous ceux qui ne connaîtraient pas la bouleversante intrigue de « Poulet aux prunes », je les invite à la vivre au travers les planches de la bande dessinée. Ce sera lui faire bien plus d’honneur que de la découvrir via un film qui, à mon grand regret, passe à côté de son sujet.

« Poulet aux Prunes » – réalisé par Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud – avec Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros – en salles depuis le 26 Octobre 2011

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octobre 26, 2011 at 10:29

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Drive » de Nicolas Winding Refn (2011)

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Le décidément passionnant Nicolas Winding Refn ajoute une nouvelle perle à sa filmographie. Prix de la mise en scène à Cannes amplement mérité.

A tout juste 41 ans, le danois Nicolas Winding Refn peut se targuer d’être l’auteur de l’une des plus remarquables collections de films du cinéma contemporain. De l’extraordinaire trilogie « Pusher » (1996) au contemplatif « Valhalla Rising » (2010), en passant par le Lynchien « Inside Job » (2003) et le fougueux « Bronson » (2009), l’homme s’est imposé comme l’un des meilleurs cinéastes de sa génération. Metteur en scène sous influences (les ombres de Scorsese, Lynch et Kubrick sont présentes dans l’ensemble de son oeuvre), il orchestre avec « Drive » un hypnotique exercice de style évoquant les plus grands chefs d’oeuvre de Michael Mann.

L’histoire de « Drive » est d’une simplicité exemplaire. Un cascadeur mécanicien (impérial Ryan Gosling) arrondissant ses fins de mois en offrant ses talents de conducteur à des braqueurs de seconde zone tombe amoureux de sa voisine, incarnée par la toujours parfaite Carey Mulligan. Par un tragique concours de circonstances, cet amour va être le point de départ d’événements incontrôlables qui vont le pousser à s’affirmer comme un véritable « héros ». Le terme n’est pas choisi par hasard. Dés les premières scènes, Winding Refn assure le statut iconique de son personnage en lui conférant une aura presque surnaturelle. Explicitement mystérieux par son mutisme, son absence volontaire de passé et de nom, le « driver » a tout du cavalier solitaire propre au western. Sublimé par des plans nocturnes et une musique 80’s à tomber par terre, le Los Angeles dans lequel il évolue évoque lui aussi un environnement sauvage et inquiétant, nous ramenant directement à la brutalité des plaines de l’Ouest. C’est dans ce décor et cette ambiance parfaitement introduits que va s’épanouir tout le talent de Winding Refn.

Après une première scène délicieusement anxiogène, la lenteur de l’action qui s’ensuit appuie à merveille les choix de son réalisateur. Dans une première partie douce et sensorielle, Winding Refn envoûte son spectateur en enchaînant des plans à la beauté presque irréelle. Avec une remarquable économie de dialogues (le « driver » ne s’exprime que pour dire des choses essentielles), il rend palpable l’amour qui se créé entre son héros et sa voisine Irène. Privilégiant la forme au discours, Winding Refn prouve qu’un silence, un regard ou une caresse suffisent à générer une grande tension émotionnelle pour peu que l’on maîtrise le langage cinématographique. Nous sommes ici en présence d’un cinéma pur, limpide, dont la formidable puissance évocatrice n’a d’égale que son esthétisme flamboyant.

Ryan Gosling - I'm a poor lonesome Driver

Lorsque l’intrigue bascule, cette douceur préliminaire cède sa place à une atmosphère sombre et désenchantée. La mise en scène devient dés lors beaucoup plus brutale et viscérale. Les scènes de violence s’enchaînent comme des uppercuts infligés au spectateur. L’ensemble prend une dimension crépusculaire avant de s’achever sur un final lyrique de toute beauté, finissant de nous démontrer que nous sommes en présence de l’un des meilleurs westerns urbains vu depuis très longtemps.

« Drive » est donc un très grand film qui confirme tout le bien que l’on pensait de Nicolas Winding Refn. On peut cependant lui préférer certains films de son auteur (la trilogie « Pusher » en tête), plus instinctifs parce que moins réfléchis en amont. Mais bouder son plaisir serait faire preuve de mauvais goût tant ce « Drive » est sans discussion possible l’un des meilleurs films de l’année. Passer à côté reviendrait à se priver d’un fabuleux moment de cinéma.

« Drive » – réalisé par Nicolas Winding Refn – avec Ryan Gosling, Carey Mulligan, Bryan Cranston – en salles depuis le 5 Octobre 2011

Written by critikju

octobre 24, 2011 at 10:10

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne » de Steven Spielberg (2011)

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Steven Spielberg retrouve sa légèreté d’antan et livre un somptueux film d’aventure.

Le moteur du projet « Tintin » a toujours été la passion. Passion d’un producteur tout d’abord, en la personne de Peter Jackson, tintinophile depuis sa plus tendre enfance, qui rêvait de voir le petit reporter belge prendre vie sur grand écran. Ensuite, passion d’un trio de scénaristes exemplaires, d’une équipe technique et d’un casting à majorité britannique, tous biberonnés aux aventures du journaliste à la houppette et vouant un véritable culte à son univers et à sa mythologie. Enfin, passion de l’immense Steven Spielberg, metteur en scène définitivement sans égal, qui aura mis près de trente ans à concrétiser sa « promesse » faite à Hergé d’offrir à son œuvre l’adaptation cinématographique qu’elle méritait.

Si elle était éminemment rassurante, cette somme de talents ne pouvait se suffire à elle même pour accoucher d’un grand film. Il fallait pour cela des choix artistiques forts, capables de fédérer l’ensemble de l’équipe dans son désir de retranscrire au mieux l’essence de la bande dessinée. En suggérant à Spielberg l’utilisation de la performance capture, révolution technologique dont il en est l’instigateur avec Robert Zemeckis, Jackson ne pouvait être meilleur conseiller. A mille lieux des essais qu’étaient des œuvres pionnières comme « Monster House » (2006) ou « Boewulf » (2007), s’affranchissant encore plus des limites du cinéma traditionnel que n’avait pu le faire James Cameron avec « Avatar » (2009), la performance capture prend, entre les mains du Maître, une dimension incroyable.

Après un générique d’une classe folle, évoquant la stylisation extrême d’ « Arrête moi si tu peux » (2003), le spectateur pénètre médusé dans un monde totalement inédit. Dés la première scène, présentant la découverte de la Licorne par Tintin dans un marché bruxellois, c’est tout l’univers d’Hergé qui se matérialise physiquement sous nos yeux. Loin de trahir la célèbre « ligne claire » propre à son auteur, l’aspect graphique du film en devient son pendant organique. Les personnages respirent, suent, deviennent palpables et, en cela, prennent réellement vie. Le soin apporté aux multiples détails des décors et de l’image finit par contrebalancer toute analyse critique. Nous sommes dans Tintin, un univers que l’on connaît tous, mais que l’on redécouvre intégralement à travers un média qui, jusque-là, lui faisait toujours défaut : le Cinéma.

Andy Serkis au pays de la soif.

L’autre constante de la bande dessinée, faisant écho à la vivacité de son trait, était son rythme trépidant. Il était dés lors particulièrement intéressant de s’interroger sur la manière dont Spielberg allait retranscrire cet aspect à l’écran… Le défi a-t-il été relevé ? Oh que oui ! Fort de la liberté totale offerte par la performance capture, Spielberg s’est littéralement « lâché » dans sa mise en scène, enchaînant morceaux de bravoure sur morceaux de bravoure, et choisissant le pari fou de ne jamais orchestrer de pause dans son récit. De mémoire de spectateurs, on n’avait tout simplement jamais vu ça ! Dés que l’intrigue décolle, nous voilà embarqués avec les personnages dans un véritable roller-coaster extatique. Que l’on assiste à une bataille navale crépusculaire, à un crash en avion ou à une ébouriffante poursuite en side-car, chaque scène se voit transcendée par des plans surréalistes, des transitions remarquables et un découpage fulgurant. Même l’humour burlesque de la BD, pourtant extrêmement difficile à retranscrire à l’écran, fonctionne ici à 200% tant Spielberg, par la seule force de sa mise en scène, arrive à nous convaincre de l’existence de cet univers surréaliste.

Cette avalanche de créativité procure un réel vertige et il faudra très certainement plusieurs visions pour en apprécier toutes les facettes. Cependant, on peut dés aujourd’hui affirmer que, en terme de pure mise en scène, le film fera date. De plus, après une décennie jalonnée de grands films à la tonalité plutôt sombre et le semi-échec qu’a été « Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal » (2008) (échec imputable avant tout à George Lucas et à ses choix artistiques catastrophiques), on ne peut que se réjouir de revoir Tonton Spielby revenir à l’un de ses genres de prédilection : le divertissement haut de gamme.

En ce qui concerne la fidélité à l’œuvre d’origine, beaucoup de questions demeuraient, notamment dans le choix de combiner les intrigues de plusieurs albums. Une fois encore, on ne peut qu’applaudir le travail accompli tant l’effort d’adaptation est remarquable. Les trois scénaristes (Steven Moffat, Edgar Wright et Joe Cornish) ont su extraire l’ADN des récits d’Hergé pour bâtir une histoire forte et adaptée au septième art. Les ajouts/changements ne choquent absolument pas et apparaissent même comme pertinents dans une démarche cinématographique. Chaque personnage est admirablement caractérisé. Tintin est courageux, vif, intelligent, mais paradoxalement diaphane. Milou en est son digne compagnon, même si ses penchants pour la nourriture et l’alcool peuvent parfois lui porter préjudice. Les Dupondt sont d’une bêtise abyssale, pour notre plus grand bonheur. Enfin, le capitaine Haddock demeure le personnage le plus fascinant du récit. Admirablement interprété par Andy Serkis, à jamais sacré roi de la performance capture, il est le véritable héros de ces aventures, son combat face à son addiction à l’alcool le rendant tour à tour drôle, pathétique et émouvant.

Que les puristes soient donc rassurés : « Tintin » version cinéma est un monument qui se hisse à la hauteur de la bande dessinée d’origine. Révolutionnaire par bien des aspects, le film fait surtout figure de véritable OVNI à l’heure actuelle. Dans un monde où le cynisme gangrène les esprits en rendant caduque toute tentative d’évasion par l’imaginaire, se retrouver enfermé dans une salle remplie de personnes de tout âge et de tout horizon, vibrant à l’unisson pour le sort d’un héros de papier a quelque chose de rassurant. Que nous ayons 7 ou 77 ans, que nous soyons un doux rêveur ou un cadre rigide, nous avons tous besoin de croire en des mythes et des histoires fantastiques. Si le quotidien a tendance à nous éloigner de cet état de fait, c’est toujours profondément émouvant de ressentir que l’enfant que nous avons tous été survit encore au fond de nous. « Tintin » réveille cette sensation, tout en procurant un sentiment d’exaltation propre aux grands films d’aventure.

C’est dans un état second que l’on ressort de la salle, galvanisé par ce spectacle fabuleux, avec l’envie de se replonger dans les œuvres intemporelles d’Hergé et de Spielberg. Deux génies pour un même objectif : nous permettre de nous évader au travers d’histoires extraordinaires. Mille sabords, courez vous enfermer dans les salles obscures : le pari est gagné !

« Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne » – réalisé par Steven Spielberg – avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig – sortie le 26 Octobre 2011

Written by critikju

octobre 23, 2011 at 3:56

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Super 8  » de J.J. Abrams (2011)

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J.J. Abrams recréé le cinéma de divertissement des années 80 et, avec lui, un certain idéal du film familial.

Il y a quelques années, l’annonce du projet « Super 8  » avait enflammé l’imagination des cinéphiles. La rencontre entre le maître de l’entertainment Steven Spielberg et le prodige de la série télévisée J.J. Abrams promettait de faire des étincelles. Quand il s’avéra que le créateur de « Lost » avait pour intention de rendre hommage au père d’E.T. en retrouvant l’esprit de ses premières productions, c’est toute une génération de jeunes adultes ayant grandi dans les années 80 qui se surprit à rêver. Les premières bandes annonces, présentant une bande d’enfants confrontés à des événements mystérieux sur une musique très John Williamesque, achevèrent d’alimenter les fantasmes de chacun. Renvoyant aux « Goonies » (1985), « Poltergeist » (1982) et autres « Explorers » (1985), ces images iconiques touchèrent en plein coeur ceux qui avaient passé des après-midis entières à user leurs magnétoscopes avec les VHS des productions spielbergiennes ou assimilées. Connaissant l’intégrité sans faille dont avait fait preuve Abrams sur chacun de ses précédents projets cinématographiques (« Mission Impossible : III » (2006) et « Star Trek » (2009)), on pouvait dés lors avoir toute confiance quant à la qualité finale de « Super 8  » .

Pourtant, quand les lumières de la salle s’éteignent et que le célèbre logo d’Amblin Entertainment fait son apparition à l’écran, on ressent des sentiments contrastés. Partagé entre la nostalgie et l’appréhension, on en vient à redouter un échec qui sonnerait définitivement le glas d’une certaine idée que l’on se fait du cinéma populaire. Heureusement, les doutes s’envolent dés la première scène, formidable contre-pied aux blockbusters modernes. Sobre et intimiste, prodiguant les non-dits, elle contraste avec l’esbroufe qui caractérise la plupart des produits hollywoodiens. La longue exposition qui s’ensuit, prenant le temps de construire les enjeux de l’intrigue et de caractériser chaque personnage, ne déroge pas à cette règle. Enfin, quand survient l’élément perturbateur du récit (extraordinaire séquence de déraillement de train) et que l’histoire décolle, jamais Abrams ne cède à une quelconque surenchère. Orchestrant constamment des pauses dans son récit, il donne à son oeuvre un rythme lui permettant de « coller » au plus près des enjeux intimes de ses personnages, pour lesquels il exprime une réelle tendresse. En cela, « Super 8  » est un film très premier degré. Si les bons sentiments qu’il développe provoqueront sans doute les sarcasmes des cyniques, les autres seront surpris de la très forte émotion suscitée par certaines scènes. A ce titre, les révélations concernant chacun des héros sont très bien amenées, tout comme celles liées au ‘mystère’ de l’intrigue principale, laissant le spectateur comprendre peu à peu les quelques zones d’ombre jalonnant le récit. S’il ne développe pas une histoire particulièrement originale, le film est donc une vraie réussite d’un point de vue scénaristique.

Joel Courtney - I have a bad feeling about this.

La mise en scène d’Abrams reflète elle-aussi ce refus de se conformer aux diktats esthétiques des super-productions actuelles. Ample et élégante, évitant tout surdécoupage de l’action, elle cherche clairement à retrouver l’efficacité des meilleures réalisations de Steven Spielberg. Certaines séquences sont sans équivoque, notamment l’attaque d’un fourgon par le ‘mystère’ du film, faisant directement référence à l’apparition du T-Rex dans « Jurassic Park » (1993). Il faut aussi noter l’emploi permanent de la suggestion, remarquable à une époque où les effets spéciaux numériques permettent de tout montrer à l’écran. Outre le fait d’autoriser la vision du film à tous les publics, ce procédé stimule l’imagination du spectateur et génère en lui un réel sentiment d’angoisse au détour de nombreuses scènes. « Super 8  » peut donc se voir comme le manifeste d’un cinéma de divertissement délicieusement suranné, ayant une totale confiance en l’intelligence de ses spectateurs, et prouvant que la rentabilité n’est pas forcément incompatible avec l’ambition artistique.

Finalement, le seul reproche que l’on pourrait faire à « Super 8  » , mais aussi à l’ensemble de la filmographie actuelle de son auteur, c’est son trop grand respect pour ses modèles et la difficulté qu’il semble avoir à s’en éloigner. Si J.J. Abrams est indéniablement un très grand conteur doublé d’un technicien hors pair, il lui reste encore à insuffler une vision réellement personnelle à ses projets. On a souvent fait ce reproche à Steven Spielberg, mais toute sa filmographie est là pour nous rappeler que le divorce et les conséquences pour l’enfant sont au centre de ses préoccupations. Dans « Super 8  » il est difficile de déceler des obsessions chez Abrams, si ce n’est son amour sans limite pour le septième art. C’est d’ailleurs dans la manifestation de cette croyance sans faille au pouvoir de l’image, quand on assiste à la révélation d’une actrice sous l’oeil d’une caméra, ou encore quand un petit garçon visionne les vidéos de sa mère disparue, que se situent les pics émotionnels du métrage. Les autres ressorts sentimentaux, bien que très efficaces, sonnent plus artificiels. Peut être que d’ancrer le récit de nos jours plutôt qu’en 1979 (surtout que rien ne le justifie, si ce n’est la nostalgie d’une époque) aurait permis à Abrams de s’éloigner davantage de ses modèles spielbergiens, le poussant à réinventer un genre qu’il affectionne tout particulièrement ? Une vision personnelle, c’est ce qui manque à ce néanmoins remarquable « Super 8  » .

S’il n’innove en rien, le film ne déçoit pas une seule seconde. Animé par un désir sincère de provoquer la suspension de l’incrédulité chez un maximum de spectateurs, c’est un film familial au sens noble du terme. Simple mais pas simpliste, enfantin mais jamais niais, « Super 8  » est un spectacle total, qui fait rire et frissonner autant qu’il est capable d’émouvoir. Un certain idéal du cinéma en somme.

« Super 8  » – réalisé par J.J. Abrams – avec Joel Courtney, Kyle Chandler, Elle Fanning – sortie le 3 août 2011

Written by critikju

juillet 24, 2011 at 7:41

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme » de Tsui Hark (2011)

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Le grand Tsui Hark revient en force avec un divertissement de très haute volée.

La sortie dans les salles françaises de la nouvelle réalisation de Tsui Hark est un évènement. En premier lieu, parce qu’il est rare de pouvoir découvrir sur grand écran un blockbuster hongkongais, ces derniers étant généralement réservés au marché du DVD en occident. Ensuite, parce que Tsui Hark est un immense metteur en scène et que, après quelques œuvres mineures, il semble avoir retrouvé une seconde jeunesse. Enfin, parce que « Détective Dee (…) » est tout simplement un excellent divertissement, virevoltant et dépaysant, qui réussit le mélange parfait entre la fresque Historique, le serial à l’américaine et le Wu Xia Pian (film de sabre chinois).

L’action de « Détective Dee (…) » prend place en l’an 690. Wu Zetian (Carina Lau) s’apprête à devenir la première et unique impératrice de Chine après huit ans de régence. Alors qu’ont lieu les préparatifs de son couronnement, des membres de son entourage sont victimes de combustions spontanées et son accession au trône se voit dés lors menacée. Sous les conseils du chef religieux du pays, elle décide de faire appel au juge Dee (Andy Lau), un de ses anciens opposants, pour qu’il découvre quel complot se cache derrière cet inquiétant mystère. Armé de son légendaire sens de la déduction (à faire passer Sherlock Holmes pour un amateur), Dee va prendre très à cœur cette enquête, quitte à se faire entrainer dans des aventures de plus en plus surréalistes.

Si le film captive dés ses premières séquences, ces dernières font aussi apparaitre ses plus gros défauts : porté par la créativité sans limite ni retenue de Tsui Hark, « Detective Dee (…) » jongle en permanence entre le sublime et le kitch absolu. Cette ambivalence se ressent en premier lieu dans le rendu visuel du film, où des décors magnifiques cohabitent avec des images de synthèse terriblement laides. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue se met en place, les rebondissements les plus inattendus côtoient des artifices scénaristiques particulièrement capiloctractés. Enfin, bien que constamment inventive (Tsui Hark étant un grand expérimentateur), la mise en scène semble elle-aussi adopter cette logique. N’hésitant pas à bousculer les codes de la narration par l’image au détour de chaque scène, cette dernière peut parfois paraitre épuisante, bien qu’étant toujours extrêmement pensée et recherchée.

Pourtant, le film fonctionne et nous transporte comme peu de blockbusters en sont capables. C’est là où réside tout le génie de Tsui Hark : ce brassage d’idées disparates n’apparait jamais comme vain ou déplacé. Au contraire, quand on l’envisage dans sa globalité, le film semble d’une cohérence absolue, comme s’il avait lui-même sa propre logique et ses propres codes, issus de l’imagination débordante et de la virtuosité indiscutable de son metteur en scène. Au-delà des ses quelques défauts, « Détective Dee (…) » est ainsi porté par un souffle créatif hors du commun, signe d’un auteur en pleine possession de ses moyens. A ce titre, la dernière demi-heure, pleine de densité et de souffle épique, est un monument d’action et d’émotion.

Andy Lau – Sabrons le retour de Tsui Hark.

« Détective Dee (…) » est donc un pur plaisir cinématographique, certes parfois bordélique, mais qui privilégie l’imaginaire à la rigueur formelle. Se permettant toutes les audaces narratives et stylistiques, Tsui Hark invite le spectateur à redécouvrir le sens du mot « fantaisie ». Devant l’abondance d’œuvres aussi originales que des plaquettes d’entreprise, il serait bien dommage de ne pas se laisser tenter.

« Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme » – réalisé par Tsui Hark – avec Andy Lau, Bingbing Li, Tony Leung Ka Fa – en salles depuis le 20 avril 2011

Written by critikju

avril 22, 2011 at 2:33

Publié dans Cinéma - Sorties 2011