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« Hugo Cabret » de Martin Scorsese (2011)

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Sincère mais raté.

Martin Scorsese aux commandes d’un long métrage pour enfants en forme d’hommage au pionnier du cinéma George Méliès, l’idée était sacrément enthousiasmante. L’immense metteur en scène délaissant son style incandescent pour réinventer un genre qu’il n’avait pas encore abordé, on s’attendait à vivre un véritable enchantement sur pellicule. Malheureusement, bien qu’armé des meilleures intentions du monde, cet « Hugo Cabret » voit inexorablement sa belle mécanique s’enrayer.

Le film démarre pourtant sur les chapeaux de roues. Un plan somptueux d’une horloge se métamorphosant en vue aérienne de Paris précède un mouvement de caméra vertigineux. A pleine vitesse, l’objectif plonge sur la ville, traverse des flocons de neige, s’engouffre dans la gare d’Orsay, frôle les voyageurs avant de s’arrêter sur les yeux bleus du petit Hugo. En quelques secondes, toute la virtuosité de Scorsese irradie l’écran.

Le premier quart d’heure qui s’ensuit ne démérite pas : peu dialogué, le film captive par une mise en scène brillante, étonnamment pensée en trois dimensions. Pour la première fois depuis « Avatar », la 3D n’est pas accessoire, tant les plans jouent à merveille sur les effets d’ambiance et de profondeur de champ. Comme pour le film de James Cameron, si vous ne découvrez pas « Hugo Cabret » en relief, vous ne pouvez pas vous targuer de l’avoir réellement vu.

Ben Kingsley & Asa Butterfield – Désillusion

Malheureusement, si la réalisation de Scorsese ne baisse jamais en qualité par la suite, le film dilue progressivement tout son potentiel poétique, la faute revenant à un scénario démonstratif dont Scorsese n’arrive jamais à s’affranchir. En alourdissant les passages clefs par une abondance d’éclaircissements inutiles, le cinéaste désamorce toute forme de merveilleux. Toute métaphore et toute digression fantastique se voient ainsi appuyées et surlignées jusqu’à l’écœurement, si bien que le film en devient cruellement didactique. Si « Hugo Cabret » ne manque pas de très belles scènes, elles n’existent qu’indépendamment de tout le reste, noyées dans de longs passages dialogués comme des articles de « Science et Vie ».

L’hommage direct à Méliès, orchestré dans la seconde partie du métrage, est le premier à pâtir de cette démarche. Scorsese a beau être sincère lorsqu’il affiche son amour pour l’œuvre du légendaire cinéaste, il traite son sujet d’une manière tristement scolaire. La séquence en flashback relatant la vie de Méliès est symptomatique de ce choix : construite comme un article encyclopédique et plombée par une voix off interdisant toute interprétation personnelle du spectateur, elle annihile son implication émotionnelle.

Le monde est une horloge et chacun de nous est un mécanisme indispensable à sa bonne marche. Une belle idée qu’il aurait fallu nous faire ressentir plutôt que de l’asséner lourdement par du texte. Probablement trop confiant dans les bonnes intentions de son scénario, Scorsese a oublié de faire ce qu’il défend pourtant corps et âme pendant plus de 2h : du vrai cinéma, poétique et fantastique, où l’image seule est porteuse de sens et d’émotion.

« Hugo Cabret » – réalisé par Martin Scorsese – avec Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield – en salles depuis le 14 Décembre 2012

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Written by critikju

décembre 22, 2011 à 4:06

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

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