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« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » de Brad Bird (2011)

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Le meilleur épisode de la saga. Du concentré de fun à l’état pur.

La franchise « Mission : Impossible » a toujours occupé une place particulière dans le petit monde bien rangé des blockbusters, ne serait-ce que pour son aspect schizophrénique. A la fois prolongement cinématographique plus ou moins fidèle de la célèbre série télévisée éponyme et véhicule promotionnel à la gloire de son acteur/producteur Tom Cruise, elle aura vu défiler à sa réalisation des cinéastes de renom. Avec plus ou moins de succès, ces derniers auront tenté d’imposer une vision personnelle à la saga. Après un premier volet culotté (et mésestimé) signé de l’immense Brian De Palma, un second opus kitchissime qui voyait John Woo se vautrer dans l’auto-parodie outrancière, et enfin un troisième épisode humble et jubilatoire confectionné par le toujours respectable J.J. Abrams, c’est désormais au multi-oscarisé Brad Bird qu’il incombe la tâche de prolonger la franchise.

Ce choix de metteur en scène, apparemment suggéré par Abrams (ici coproducteur du projet avec Cruise), avait de quoi exciter la curiosité. Car même si Brad Bird signe son premier film « live », ses réussites précédentes en matière d’animation le plaçaient déjà dans la cour des plus grands. Auteur du trop méconnu et profondément émouvant « Le Géant de Fer » (1999), Bird avait ensuite rejoint l’écurie Pixar au début des années 2000. En son sein, il avait signé deux des plus importantes réussites du célèbre studio à la lampe : l’ébouriffant « Les Indestructibles » (2004) et le magnifique « Ratatouille » (2007). Au travers ces premières oeuvres iconoclastes transparaissaient son sens inné du rythme et de la fantaisie, sa fascination pour les époques révolues, ainsi que son amour pour les petits détails surréalistes qui font « vivre » un film, que ce soient les gadgets technologiques improbables du « Géant… » et des « Indestructibles », ou encore l’inventaire sensitif des odeurs et des saveurs de « Ratatouille ».

Lorsqu’un auteur de cette qualité se retrouve aux rênes d’une superproduction hollywoodienne, il est toujours passionnant de voir de quelle manière il va réussir à exister artistiquement. Sachant qu’une autre des particularités des oeuvres de Bird venait de son obsession à dépeindre un groupe de personnages au sein duquel il était difficile d’identifier un héros unique, comment allait-il pouvoir concilier cet élément avec l’égo légendaire de Cruise ? Heureusement, Bird confirme ici qu’il est un auteur intelligent et applique une stratégie on ne peut plus payante : comprendre ce qu’attend la production en matière de figures imposées, mettre ces éléments en boîte avec le plus d’efficacité possible, puis lier le tout en y apportant sa patte personnelle.

« Mission : Impossible 4 » est un film de commande et Brad Bird le sait bien. Il s’attache à faire au mieux ce qu’on attend de lui, c’est à dire à illustrer un scénario peu original tout droit sorti d’un vieux James Bond, tout en mettant en valeur sa star à maintes reprises. En apparence, « M:I-4 » se résume donc à une course poursuite contre un bad guy russe déséquilibré qui souhaite déclencher une guerre nucléaire. Toujours très en forme malgré ses presque 50 printemps, Tom Cruise garde le beau rôle en la personne d’Ethan Hunt et exécute lui-même un grand nombre de cascades spectaculaires. Bref, on est en terrain familier. Le cahier des charges est plus que respecté.

Pourtant, si la recette est connue, Brad Bird prend un malin plaisir à la transcender. Comme Rémy dans « Ratatouille », l’auteur sélectionne avec pertinence ses ingrédients, enrichit sa soupe d’épices inédites et livre un plat qui lui est tout à fait personnel. Visiblement grand admirateur de la série d’origine, il offre au personnage de Cruise une véritable équipe, où chaque membre se voit doter d’un background travaillé et d’une personnalité affirmée. Délaissant ainsi les rôles de faire-valoir qu’occupaient leurs prédécesseurs, les équipiers prennent peu à peu de l’importance et, même si Hunt en reste le personnage principal, le long métrage se métamorphose subtilement en « film de bande », retrouvant ainsi l’esprit de la série des 60’s.

Simon Pegg & Tom Cruise – La guerre froide est déclarée

Fidèle à son amour pour la démesure et les technologies improbables, Brad Bird articule ensuite ses séquences de suspense selon un mode opératoire qui lui est propre, privilégiant l’originalité de la situation au spectaculaire. Contraints de réaliser des prouesses incroyables pour atteindre leurs objectifs, les protagonistes prennent un malin plaisir à se mettre dans des positions inconfortables, tout en s’appuyant sur des gadgets souvent défectueux. Que leurs buts soient de dérober des documents au Kremlin, d’escalader la plus haute tour du monde (formidable séquence à Dubaï) ou d’infiltrer une fête en Inde, les ratés s’accumulent, les situations s’enveniment et la tension artérielle du spectateur s’affole dangereusement.

Ce suspense insoutenable est considérablement amplifié par le fait que les différents protagonistes s’avèrent faillibles au fur et à mesure que l’intrigue avance. Certes, ce sont des « super-agents », mais la difficulté de leurs missions successives va mettre à rudes épreuves leurs remarquables capacités. Cette impression que rien ne fonctionne, que les « héros » perdent pied et que l’échec est inévitable provoque une sensation de tension rarement atteinte au cinéma. Brad Bird se sert de ce procédé comme moteur de son récit, lui permettant de captiver son audience avec une maestria évidente. Bien que malmenés, les spectateurs en redemandent, galvanisés par ce spectacle délicieusement stressant, qui s’avère aussi extrêmement drôle par le burlesque de certaines situations rocambolesques.

Finalement, les faiblesses de chacun, le renoncement que l’on peut éprouver face à une situation désespérée, toutes ces thématiques étaient déjà présentes dans les oeuvres précédentes de Bird. Par bien des aspects, ce « Mission : Impossible » peut se voir comme un remake « live » des « Indestructibles ». Même rythme trépidant, même super-personnages qui butent face aux obstacles, même morale sous-jacente : on n’arrive à rien sans les autres. L’individu doit s’effacer au profit de l’équipe. Comme Hogarth et son robot, comme Rémy et Linguini, c’est ensemble que l’on peut réussir à soulever des montagnes. Osé pour un « produit » qui, au départ, devait simplement servir à mettre en valeur sa star principale…

Réalisé avec une passion communicative, prodigieusement haletant et toujours fun, « Mission : Impossible – Protocole Fantôme » s’impose comme une réussite majeure du film d’action. S’affirmant définitivement comme un très grand auteur, Brad Bird a parfaitement négocié son passage au film en prises de vue réelles. On attend avec impatience de voir ce que va accomplir à son tour Andrew Stanton, son compère de chez Pixar, qui a lui aussi tenté l’aventure du film « live » avec le mystérieux « John Carter », dont la sortie est prévue pour le 7 mars 2012.

« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » – réalisé par Brad Bird – avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg – en salles depuis le 14 Décembre 2011

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Written by critikju

décembre 18, 2011 à 11:35

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

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