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« Super » de James Gunn (2010)

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Un second film audacieux, à la fois trash et mélancolique, qui surprend constamment son spectateur. Parfois bancal, mais toujours délicieusement original.

En ces temps où les sorties en salles reflètent le politiquement correct qui gangrène dangereusement notre pays, le salut vient parfois des « direct-to-dvd », terme générique désignant les oeuvres distribuées uniquement en vidéo dans nos contrées. S’il est vrai que certains de ces films s’avèrent être d’indéfendables navets, il arrive aussi que de véritables perles se voient injustement privées d’une diffusion sur grand écran. Difficilement vendables, destinées à un public trop particulier, jugées trop subversives, etc. Les raisons, multiples et arbitraires, appartiennent malheureusement aux distributeurs. Ces dernières années, ce sont ainsi d’excellents films comme « Ginger Snaps » (2000), « Triangle » (2009), « Bedevilled » (2010) ou encore le fabuleux « Moon » (2009) qui ont vu leurs carrières au box office sacrifiées pour d’obscures considérations commerciales.

« Super », disponible dans les bacs depuis le 1er décembre, vient malheureusement allonger cette longue liste d’oeuvres outrageusement déchues. Narrant la triste histoire de Frank, monsieur tout-le-mode abandonné par sa femme pour les beaux yeux (et la marchandise) d’un dealer, décidant dés lors de devenir un super-héros pour combattre le crime alors qu’il ne possède aucun pouvoir, le film évoque bien évidemment le synopsis du surestimé « Kick-Ass » (2010). Cependant, là où l’oeuvre de Matthew Vaughn prenait soigneusement ses distances avec son sujet via l’utilisation d’un humour parodique permanent, « Super » se révèle être beaucoup plus ambigu (et intéressant) dans son traitement.

Pourtant, des scènes de pure comédie, « Super » en contient un certain nombre. De ce côté là, le contrat est plus que rempli. Mais là où le film s’avère bien plus subtil qu’il ne le laisse croire, c’est qu’il a l’intelligence de ne jamais se complaire dans la bouffonnerie quand il s’agit de dérouler son intrigue et de décrire ses personnages. Ce choix a pour effet de conserver une réelle tension dramatique tout au long du métrage, permettant d’imprévisibles ruptures de ton sans que le spectateur ne se sente jamais exclu. Ce dernier est donc contraint de « vivre » pleinement ce qu’il se passe à l’image, que ce soient les moments de pures comédies comme les séquences les plus extrêmes. A ce titre, précédant un épilogue ouvertement ambigu, la séquence de fin, gore et malsaine au possible, lui réservera bien des surprises.

Rainn Wilson - A real hero ?

Car plus qu’une réflexion parodique sur le mythe du super-héros, « Super » est avant tout le portrait sans concession d’une galerie de freaks tous plus déjantés les uns que les autres. Interprété par l’excellent Rainn Wilson (aperçu notamment dans « Six Feet Under »), Frank est ainsi dépeint comme un homme instable, broyé par la vie, dont les actes ne sont jamais héroïques, mais reflètent plutôt les névroses qui le hantent. L’histoire est narrée de son point de vue, obligeant les spectateurs à se plonger dans sa psyché fortement perturbée. L’expérience est d’autant plus dérangeante que, en matière de folie furieuse, les personnages secondaires qui gravitent autour de lui ne sont pas en reste.

Il faut ainsi souligner l’excellence d’un casting (réunissant notamment les trop rares Liv Tyler et Kevin Bacon) qui arrive à donner vie à des protagonistes pour le moins complexes. Impossible enfin de ne pas saluer l’hystérique (et incroyable) performance d’Ellen Page, véritable effet spécial à elle toute seule. Réussissant l’exploit de se rendre à la fois attachante et détestable, enchaînant les situations décalées avec une aisance surréaliste (notamment une séquence de sexe proprement hallucinante), sa prestation confirme qu’elle est l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération.

A la mise en scène de cet OVNI, il n’est guère étonnant de retrouver l’inclassable James Gunn, ancien poulain de la mythique « Troma Entertainment », inventeur des cultissimes « PG Porn » (à voir sur youtube) et réalisateur d' »Horribilis » (2006), premier long métrage déjà fortement recommandable qui rendait un hommage sincère aux meilleurs films d’horreur des années 80. Loufoque et jusqu’au-boutiste dans son propos, « Super » est ainsi marqué au fer rouge par l’anticonformisme salvateur de son auteur.

Pourtant, c’est aussi sur cet aspect que l’on peut formuler le seul bémol concernant le film. Bien qu’étant le moteur créatif du métrage, la totale liberté de ton dont fait preuve Gunn nuit parfois à l’ensemble, rendant ainsi certaines scènes superflues. Bien que l’ensemble reste très cohérent, il n’est pas interdit de penser qu’un peu plus de rigueur scénaristique et d’ambition formelle auraient permis au film d’atteindre une dimension supérieure.

Destiné à un public averti, « Super » reste néanmoins un excellent moment de cinéma. Mêlant l’énergie d’une série B à des ambitions auteuristes certaines, James Gunn signe une oeuvre qui ne ressemble qu’à elle même. De là à y voir les raisons de sa distribution par la petite porte, il n’y a qu’un pas que l’on peut aisément franchir…

« Super » – réalisé par James Gunn – avec Rainn Wilson, Ellen Page, Liv Tyler – en DVD/Blu Ray depuis le 1er décembre 2011

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Written by critikju

décembre 13, 2011 à 10:59

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