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Archive for décembre 2011

« Hugo Cabret » de Martin Scorsese (2011)

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Sincère mais raté.

Martin Scorsese aux commandes d’un long métrage pour enfants en forme d’hommage au pionnier du cinéma George Méliès, l’idée était sacrément enthousiasmante. L’immense metteur en scène délaissant son style incandescent pour réinventer un genre qu’il n’avait pas encore abordé, on s’attendait à vivre un véritable enchantement sur pellicule. Malheureusement, bien qu’armé des meilleures intentions du monde, cet « Hugo Cabret » voit inexorablement sa belle mécanique s’enrayer.

Le film démarre pourtant sur les chapeaux de roues. Un plan somptueux d’une horloge se métamorphosant en vue aérienne de Paris précède un mouvement de caméra vertigineux. A pleine vitesse, l’objectif plonge sur la ville, traverse des flocons de neige, s’engouffre dans la gare d’Orsay, frôle les voyageurs avant de s’arrêter sur les yeux bleus du petit Hugo. En quelques secondes, toute la virtuosité de Scorsese irradie l’écran.

Le premier quart d’heure qui s’ensuit ne démérite pas : peu dialogué, le film captive par une mise en scène brillante, étonnamment pensée en trois dimensions. Pour la première fois depuis « Avatar », la 3D n’est pas accessoire, tant les plans jouent à merveille sur les effets d’ambiance et de profondeur de champ. Comme pour le film de James Cameron, si vous ne découvrez pas « Hugo Cabret » en relief, vous ne pouvez pas vous targuer de l’avoir réellement vu.

Ben Kingsley & Asa Butterfield – Désillusion

Malheureusement, si la réalisation de Scorsese ne baisse jamais en qualité par la suite, le film dilue progressivement tout son potentiel poétique, la faute revenant à un scénario démonstratif dont Scorsese n’arrive jamais à s’affranchir. En alourdissant les passages clefs par une abondance d’éclaircissements inutiles, le cinéaste désamorce toute forme de merveilleux. Toute métaphore et toute digression fantastique se voient ainsi appuyées et surlignées jusqu’à l’écœurement, si bien que le film en devient cruellement didactique. Si « Hugo Cabret » ne manque pas de très belles scènes, elles n’existent qu’indépendamment de tout le reste, noyées dans de longs passages dialogués comme des articles de « Science et Vie ».

L’hommage direct à Méliès, orchestré dans la seconde partie du métrage, est le premier à pâtir de cette démarche. Scorsese a beau être sincère lorsqu’il affiche son amour pour l’œuvre du légendaire cinéaste, il traite son sujet d’une manière tristement scolaire. La séquence en flashback relatant la vie de Méliès est symptomatique de ce choix : construite comme un article encyclopédique et plombée par une voix off interdisant toute interprétation personnelle du spectateur, elle annihile son implication émotionnelle.

Le monde est une horloge et chacun de nous est un mécanisme indispensable à sa bonne marche. Une belle idée qu’il aurait fallu nous faire ressentir plutôt que de l’asséner lourdement par du texte. Probablement trop confiant dans les bonnes intentions de son scénario, Scorsese a oublié de faire ce qu’il défend pourtant corps et âme pendant plus de 2h : du vrai cinéma, poétique et fantastique, où l’image seule est porteuse de sens et d’émotion.

« Hugo Cabret » – réalisé par Martin Scorsese – avec Ben Kingsley, Sacha Baron Cohen, Asa Butterfield – en salles depuis le 14 Décembre 2012

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Written by critikju

décembre 22, 2011 at 4:06

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » de Brad Bird (2011)

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Le meilleur épisode de la saga. Du concentré de fun à l’état pur.

La franchise « Mission : Impossible » a toujours occupé une place particulière dans le petit monde bien rangé des blockbusters, ne serait-ce que pour son aspect schizophrénique. A la fois prolongement cinématographique plus ou moins fidèle de la célèbre série télévisée éponyme et véhicule promotionnel à la gloire de son acteur/producteur Tom Cruise, elle aura vu défiler à sa réalisation des cinéastes de renom. Avec plus ou moins de succès, ces derniers auront tenté d’imposer une vision personnelle à la saga. Après un premier volet culotté (et mésestimé) signé de l’immense Brian De Palma, un second opus kitchissime qui voyait John Woo se vautrer dans l’auto-parodie outrancière, et enfin un troisième épisode humble et jubilatoire confectionné par le toujours respectable J.J. Abrams, c’est désormais au multi-oscarisé Brad Bird qu’il incombe la tâche de prolonger la franchise.

Ce choix de metteur en scène, apparemment suggéré par Abrams (ici coproducteur du projet avec Cruise), avait de quoi exciter la curiosité. Car même si Brad Bird signe son premier film « live », ses réussites précédentes en matière d’animation le plaçaient déjà dans la cour des plus grands. Auteur du trop méconnu et profondément émouvant « Le Géant de Fer » (1999), Bird avait ensuite rejoint l’écurie Pixar au début des années 2000. En son sein, il avait signé deux des plus importantes réussites du célèbre studio à la lampe : l’ébouriffant « Les Indestructibles » (2004) et le magnifique « Ratatouille » (2007). Au travers ces premières oeuvres iconoclastes transparaissaient son sens inné du rythme et de la fantaisie, sa fascination pour les époques révolues, ainsi que son amour pour les petits détails surréalistes qui font « vivre » un film, que ce soient les gadgets technologiques improbables du « Géant… » et des « Indestructibles », ou encore l’inventaire sensitif des odeurs et des saveurs de « Ratatouille ».

Lorsqu’un auteur de cette qualité se retrouve aux rênes d’une superproduction hollywoodienne, il est toujours passionnant de voir de quelle manière il va réussir à exister artistiquement. Sachant qu’une autre des particularités des oeuvres de Bird venait de son obsession à dépeindre un groupe de personnages au sein duquel il était difficile d’identifier un héros unique, comment allait-il pouvoir concilier cet élément avec l’égo légendaire de Cruise ? Heureusement, Bird confirme ici qu’il est un auteur intelligent et applique une stratégie on ne peut plus payante : comprendre ce qu’attend la production en matière de figures imposées, mettre ces éléments en boîte avec le plus d’efficacité possible, puis lier le tout en y apportant sa patte personnelle.

« Mission : Impossible 4 » est un film de commande et Brad Bird le sait bien. Il s’attache à faire au mieux ce qu’on attend de lui, c’est à dire à illustrer un scénario peu original tout droit sorti d’un vieux James Bond, tout en mettant en valeur sa star à maintes reprises. En apparence, « M:I-4 » se résume donc à une course poursuite contre un bad guy russe déséquilibré qui souhaite déclencher une guerre nucléaire. Toujours très en forme malgré ses presque 50 printemps, Tom Cruise garde le beau rôle en la personne d’Ethan Hunt et exécute lui-même un grand nombre de cascades spectaculaires. Bref, on est en terrain familier. Le cahier des charges est plus que respecté.

Pourtant, si la recette est connue, Brad Bird prend un malin plaisir à la transcender. Comme Rémy dans « Ratatouille », l’auteur sélectionne avec pertinence ses ingrédients, enrichit sa soupe d’épices inédites et livre un plat qui lui est tout à fait personnel. Visiblement grand admirateur de la série d’origine, il offre au personnage de Cruise une véritable équipe, où chaque membre se voit doter d’un background travaillé et d’une personnalité affirmée. Délaissant ainsi les rôles de faire-valoir qu’occupaient leurs prédécesseurs, les équipiers prennent peu à peu de l’importance et, même si Hunt en reste le personnage principal, le long métrage se métamorphose subtilement en « film de bande », retrouvant ainsi l’esprit de la série des 60’s.

Simon Pegg & Tom Cruise – La guerre froide est déclarée

Fidèle à son amour pour la démesure et les technologies improbables, Brad Bird articule ensuite ses séquences de suspense selon un mode opératoire qui lui est propre, privilégiant l’originalité de la situation au spectaculaire. Contraints de réaliser des prouesses incroyables pour atteindre leurs objectifs, les protagonistes prennent un malin plaisir à se mettre dans des positions inconfortables, tout en s’appuyant sur des gadgets souvent défectueux. Que leurs buts soient de dérober des documents au Kremlin, d’escalader la plus haute tour du monde (formidable séquence à Dubaï) ou d’infiltrer une fête en Inde, les ratés s’accumulent, les situations s’enveniment et la tension artérielle du spectateur s’affole dangereusement.

Ce suspense insoutenable est considérablement amplifié par le fait que les différents protagonistes s’avèrent faillibles au fur et à mesure que l’intrigue avance. Certes, ce sont des « super-agents », mais la difficulté de leurs missions successives va mettre à rudes épreuves leurs remarquables capacités. Cette impression que rien ne fonctionne, que les « héros » perdent pied et que l’échec est inévitable provoque une sensation de tension rarement atteinte au cinéma. Brad Bird se sert de ce procédé comme moteur de son récit, lui permettant de captiver son audience avec une maestria évidente. Bien que malmenés, les spectateurs en redemandent, galvanisés par ce spectacle délicieusement stressant, qui s’avère aussi extrêmement drôle par le burlesque de certaines situations rocambolesques.

Finalement, les faiblesses de chacun, le renoncement que l’on peut éprouver face à une situation désespérée, toutes ces thématiques étaient déjà présentes dans les oeuvres précédentes de Bird. Par bien des aspects, ce « Mission : Impossible » peut se voir comme un remake « live » des « Indestructibles ». Même rythme trépidant, même super-personnages qui butent face aux obstacles, même morale sous-jacente : on n’arrive à rien sans les autres. L’individu doit s’effacer au profit de l’équipe. Comme Hogarth et son robot, comme Rémy et Linguini, c’est ensemble que l’on peut réussir à soulever des montagnes. Osé pour un « produit » qui, au départ, devait simplement servir à mettre en valeur sa star principale…

Réalisé avec une passion communicative, prodigieusement haletant et toujours fun, « Mission : Impossible – Protocole Fantôme » s’impose comme une réussite majeure du film d’action. S’affirmant définitivement comme un très grand auteur, Brad Bird a parfaitement négocié son passage au film en prises de vue réelles. On attend avec impatience de voir ce que va accomplir à son tour Andrew Stanton, son compère de chez Pixar, qui a lui aussi tenté l’aventure du film « live » avec le mystérieux « John Carter », dont la sortie est prévue pour le 7 mars 2012.

« Mission : Impossible – Protocole Fantôme » – réalisé par Brad Bird – avec Tom Cruise, Jeremy Renner, Simon Pegg – en salles depuis le 14 Décembre 2011

Written by critikju

décembre 18, 2011 at 11:35

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Super » de James Gunn (2010)

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Un second film audacieux, à la fois trash et mélancolique, qui surprend constamment son spectateur. Parfois bancal, mais toujours délicieusement original.

En ces temps où les sorties en salles reflètent le politiquement correct qui gangrène dangereusement notre pays, le salut vient parfois des « direct-to-dvd », terme générique désignant les oeuvres distribuées uniquement en vidéo dans nos contrées. S’il est vrai que certains de ces films s’avèrent être d’indéfendables navets, il arrive aussi que de véritables perles se voient injustement privées d’une diffusion sur grand écran. Difficilement vendables, destinées à un public trop particulier, jugées trop subversives, etc. Les raisons, multiples et arbitraires, appartiennent malheureusement aux distributeurs. Ces dernières années, ce sont ainsi d’excellents films comme « Ginger Snaps » (2000), « Triangle » (2009), « Bedevilled » (2010) ou encore le fabuleux « Moon » (2009) qui ont vu leurs carrières au box office sacrifiées pour d’obscures considérations commerciales.

« Super », disponible dans les bacs depuis le 1er décembre, vient malheureusement allonger cette longue liste d’oeuvres outrageusement déchues. Narrant la triste histoire de Frank, monsieur tout-le-mode abandonné par sa femme pour les beaux yeux (et la marchandise) d’un dealer, décidant dés lors de devenir un super-héros pour combattre le crime alors qu’il ne possède aucun pouvoir, le film évoque bien évidemment le synopsis du surestimé « Kick-Ass » (2010). Cependant, là où l’oeuvre de Matthew Vaughn prenait soigneusement ses distances avec son sujet via l’utilisation d’un humour parodique permanent, « Super » se révèle être beaucoup plus ambigu (et intéressant) dans son traitement.

Pourtant, des scènes de pure comédie, « Super » en contient un certain nombre. De ce côté là, le contrat est plus que rempli. Mais là où le film s’avère bien plus subtil qu’il ne le laisse croire, c’est qu’il a l’intelligence de ne jamais se complaire dans la bouffonnerie quand il s’agit de dérouler son intrigue et de décrire ses personnages. Ce choix a pour effet de conserver une réelle tension dramatique tout au long du métrage, permettant d’imprévisibles ruptures de ton sans que le spectateur ne se sente jamais exclu. Ce dernier est donc contraint de « vivre » pleinement ce qu’il se passe à l’image, que ce soient les moments de pures comédies comme les séquences les plus extrêmes. A ce titre, précédant un épilogue ouvertement ambigu, la séquence de fin, gore et malsaine au possible, lui réservera bien des surprises.

Rainn Wilson - A real hero ?

Car plus qu’une réflexion parodique sur le mythe du super-héros, « Super » est avant tout le portrait sans concession d’une galerie de freaks tous plus déjantés les uns que les autres. Interprété par l’excellent Rainn Wilson (aperçu notamment dans « Six Feet Under »), Frank est ainsi dépeint comme un homme instable, broyé par la vie, dont les actes ne sont jamais héroïques, mais reflètent plutôt les névroses qui le hantent. L’histoire est narrée de son point de vue, obligeant les spectateurs à se plonger dans sa psyché fortement perturbée. L’expérience est d’autant plus dérangeante que, en matière de folie furieuse, les personnages secondaires qui gravitent autour de lui ne sont pas en reste.

Il faut ainsi souligner l’excellence d’un casting (réunissant notamment les trop rares Liv Tyler et Kevin Bacon) qui arrive à donner vie à des protagonistes pour le moins complexes. Impossible enfin de ne pas saluer l’hystérique (et incroyable) performance d’Ellen Page, véritable effet spécial à elle toute seule. Réussissant l’exploit de se rendre à la fois attachante et détestable, enchaînant les situations décalées avec une aisance surréaliste (notamment une séquence de sexe proprement hallucinante), sa prestation confirme qu’elle est l’une des actrices les plus talentueuses de sa génération.

A la mise en scène de cet OVNI, il n’est guère étonnant de retrouver l’inclassable James Gunn, ancien poulain de la mythique « Troma Entertainment », inventeur des cultissimes « PG Porn » (à voir sur youtube) et réalisateur d' »Horribilis » (2006), premier long métrage déjà fortement recommandable qui rendait un hommage sincère aux meilleurs films d’horreur des années 80. Loufoque et jusqu’au-boutiste dans son propos, « Super » est ainsi marqué au fer rouge par l’anticonformisme salvateur de son auteur.

Pourtant, c’est aussi sur cet aspect que l’on peut formuler le seul bémol concernant le film. Bien qu’étant le moteur créatif du métrage, la totale liberté de ton dont fait preuve Gunn nuit parfois à l’ensemble, rendant ainsi certaines scènes superflues. Bien que l’ensemble reste très cohérent, il n’est pas interdit de penser qu’un peu plus de rigueur scénaristique et d’ambition formelle auraient permis au film d’atteindre une dimension supérieure.

Destiné à un public averti, « Super » reste néanmoins un excellent moment de cinéma. Mêlant l’énergie d’une série B à des ambitions auteuristes certaines, James Gunn signe une oeuvre qui ne ressemble qu’à elle même. De là à y voir les raisons de sa distribution par la petite porte, il n’y a qu’un pas que l’on peut aisément franchir…

« Super » – réalisé par James Gunn – avec Rainn Wilson, Ellen Page, Liv Tyler – en DVD/Blu Ray depuis le 1er décembre 2011

Written by critikju

décembre 13, 2011 at 10:59