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« Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne » de Steven Spielberg (2011)

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Steven Spielberg retrouve sa légèreté d’antan et livre un somptueux film d’aventure.

Le moteur du projet « Tintin » a toujours été la passion. Passion d’un producteur tout d’abord, en la personne de Peter Jackson, tintinophile depuis sa plus tendre enfance, qui rêvait de voir le petit reporter belge prendre vie sur grand écran. Ensuite, passion d’un trio de scénaristes exemplaires, d’une équipe technique et d’un casting à majorité britannique, tous biberonnés aux aventures du journaliste à la houppette et vouant un véritable culte à son univers et à sa mythologie. Enfin, passion de l’immense Steven Spielberg, metteur en scène définitivement sans égal, qui aura mis près de trente ans à concrétiser sa « promesse » faite à Hergé d’offrir à son œuvre l’adaptation cinématographique qu’elle méritait.

Si elle était éminemment rassurante, cette somme de talents ne pouvait se suffire à elle même pour accoucher d’un grand film. Il fallait pour cela des choix artistiques forts, capables de fédérer l’ensemble de l’équipe dans son désir de retranscrire au mieux l’essence de la bande dessinée. En suggérant à Spielberg l’utilisation de la performance capture, révolution technologique dont il en est l’instigateur avec Robert Zemeckis, Jackson ne pouvait être meilleur conseiller. A mille lieux des essais qu’étaient des œuvres pionnières comme « Monster House » (2006) ou « Boewulf » (2007), s’affranchissant encore plus des limites du cinéma traditionnel que n’avait pu le faire James Cameron avec « Avatar » (2009), la performance capture prend, entre les mains du Maître, une dimension incroyable.

Après un générique d’une classe folle, évoquant la stylisation extrême d’ « Arrête moi si tu peux » (2003), le spectateur pénètre médusé dans un monde totalement inédit. Dés la première scène, présentant la découverte de la Licorne par Tintin dans un marché bruxellois, c’est tout l’univers d’Hergé qui se matérialise physiquement sous nos yeux. Loin de trahir la célèbre « ligne claire » propre à son auteur, l’aspect graphique du film en devient son pendant organique. Les personnages respirent, suent, deviennent palpables et, en cela, prennent réellement vie. Le soin apporté aux multiples détails des décors et de l’image finit par contrebalancer toute analyse critique. Nous sommes dans Tintin, un univers que l’on connaît tous, mais que l’on redécouvre intégralement à travers un média qui, jusque-là, lui faisait toujours défaut : le Cinéma.

Andy Serkis au pays de la soif.

L’autre constante de la bande dessinée, faisant écho à la vivacité de son trait, était son rythme trépidant. Il était dés lors particulièrement intéressant de s’interroger sur la manière dont Spielberg allait retranscrire cet aspect à l’écran… Le défi a-t-il été relevé ? Oh que oui ! Fort de la liberté totale offerte par la performance capture, Spielberg s’est littéralement « lâché » dans sa mise en scène, enchaînant morceaux de bravoure sur morceaux de bravoure, et choisissant le pari fou de ne jamais orchestrer de pause dans son récit. De mémoire de spectateurs, on n’avait tout simplement jamais vu ça ! Dés que l’intrigue décolle, nous voilà embarqués avec les personnages dans un véritable roller-coaster extatique. Que l’on assiste à une bataille navale crépusculaire, à un crash en avion ou à une ébouriffante poursuite en side-car, chaque scène se voit transcendée par des plans surréalistes, des transitions remarquables et un découpage fulgurant. Même l’humour burlesque de la BD, pourtant extrêmement difficile à retranscrire à l’écran, fonctionne ici à 200% tant Spielberg, par la seule force de sa mise en scène, arrive à nous convaincre de l’existence de cet univers surréaliste.

Cette avalanche de créativité procure un réel vertige et il faudra très certainement plusieurs visions pour en apprécier toutes les facettes. Cependant, on peut dés aujourd’hui affirmer que, en terme de pure mise en scène, le film fera date. De plus, après une décennie jalonnée de grands films à la tonalité plutôt sombre et le semi-échec qu’a été « Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal » (2008) (échec imputable avant tout à George Lucas et à ses choix artistiques catastrophiques), on ne peut que se réjouir de revoir Tonton Spielby revenir à l’un de ses genres de prédilection : le divertissement haut de gamme.

En ce qui concerne la fidélité à l’œuvre d’origine, beaucoup de questions demeuraient, notamment dans le choix de combiner les intrigues de plusieurs albums. Une fois encore, on ne peut qu’applaudir le travail accompli tant l’effort d’adaptation est remarquable. Les trois scénaristes (Steven Moffat, Edgar Wright et Joe Cornish) ont su extraire l’ADN des récits d’Hergé pour bâtir une histoire forte et adaptée au septième art. Les ajouts/changements ne choquent absolument pas et apparaissent même comme pertinents dans une démarche cinématographique. Chaque personnage est admirablement caractérisé. Tintin est courageux, vif, intelligent, mais paradoxalement diaphane. Milou en est son digne compagnon, même si ses penchants pour la nourriture et l’alcool peuvent parfois lui porter préjudice. Les Dupondt sont d’une bêtise abyssale, pour notre plus grand bonheur. Enfin, le capitaine Haddock demeure le personnage le plus fascinant du récit. Admirablement interprété par Andy Serkis, à jamais sacré roi de la performance capture, il est le véritable héros de ces aventures, son combat face à son addiction à l’alcool le rendant tour à tour drôle, pathétique et émouvant.

Que les puristes soient donc rassurés : « Tintin » version cinéma est un monument qui se hisse à la hauteur de la bande dessinée d’origine. Révolutionnaire par bien des aspects, le film fait surtout figure de véritable OVNI à l’heure actuelle. Dans un monde où le cynisme gangrène les esprits en rendant caduque toute tentative d’évasion par l’imaginaire, se retrouver enfermé dans une salle remplie de personnes de tout âge et de tout horizon, vibrant à l’unisson pour le sort d’un héros de papier a quelque chose de rassurant. Que nous ayons 7 ou 77 ans, que nous soyons un doux rêveur ou un cadre rigide, nous avons tous besoin de croire en des mythes et des histoires fantastiques. Si le quotidien a tendance à nous éloigner de cet état de fait, c’est toujours profondément émouvant de ressentir que l’enfant que nous avons tous été survit encore au fond de nous. « Tintin » réveille cette sensation, tout en procurant un sentiment d’exaltation propre aux grands films d’aventure.

C’est dans un état second que l’on ressort de la salle, galvanisé par ce spectacle fabuleux, avec l’envie de se replonger dans les œuvres intemporelles d’Hergé et de Spielberg. Deux génies pour un même objectif : nous permettre de nous évader au travers d’histoires extraordinaires. Mille sabords, courez vous enfermer dans les salles obscures : le pari est gagné !

« Les Aventures de Tintin : le Secret de la Licorne » – réalisé par Steven Spielberg – avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig – sortie le 26 Octobre 2011

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Written by critikju

octobre 23, 2011 à 3:56

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

2 Réponses

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  1. Le Grand Rex t’a-t-il offert un Milou lors de la projection ?

    Alban Mswati

    novembre 4, 2011 at 10:18


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