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« Super 8  » de J.J. Abrams (2011)

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J.J. Abrams recréé le cinéma de divertissement des années 80 et, avec lui, un certain idéal du film familial.

Il y a quelques années, l’annonce du projet « Super 8  » avait enflammé l’imagination des cinéphiles. La rencontre entre le maître de l’entertainment Steven Spielberg et le prodige de la série télévisée J.J. Abrams promettait de faire des étincelles. Quand il s’avéra que le créateur de « Lost » avait pour intention de rendre hommage au père d’E.T. en retrouvant l’esprit de ses premières productions, c’est toute une génération de jeunes adultes ayant grandi dans les années 80 qui se surprit à rêver. Les premières bandes annonces, présentant une bande d’enfants confrontés à des événements mystérieux sur une musique très John Williamesque, achevèrent d’alimenter les fantasmes de chacun. Renvoyant aux « Goonies » (1985), « Poltergeist » (1982) et autres « Explorers » (1985), ces images iconiques touchèrent en plein coeur ceux qui avaient passé des après-midis entières à user leurs magnétoscopes avec les VHS des productions spielbergiennes ou assimilées. Connaissant l’intégrité sans faille dont avait fait preuve Abrams sur chacun de ses précédents projets cinématographiques (« Mission Impossible : III » (2006) et « Star Trek » (2009)), on pouvait dés lors avoir toute confiance quant à la qualité finale de « Super 8  » .

Pourtant, quand les lumières de la salle s’éteignent et que le célèbre logo d’Amblin Entertainment fait son apparition à l’écran, on ressent des sentiments contrastés. Partagé entre la nostalgie et l’appréhension, on en vient à redouter un échec qui sonnerait définitivement le glas d’une certaine idée que l’on se fait du cinéma populaire. Heureusement, les doutes s’envolent dés la première scène, formidable contre-pied aux blockbusters modernes. Sobre et intimiste, prodiguant les non-dits, elle contraste avec l’esbroufe qui caractérise la plupart des produits hollywoodiens. La longue exposition qui s’ensuit, prenant le temps de construire les enjeux de l’intrigue et de caractériser chaque personnage, ne déroge pas à cette règle. Enfin, quand survient l’élément perturbateur du récit (extraordinaire séquence de déraillement de train) et que l’histoire décolle, jamais Abrams ne cède à une quelconque surenchère. Orchestrant constamment des pauses dans son récit, il donne à son oeuvre un rythme lui permettant de « coller » au plus près des enjeux intimes de ses personnages, pour lesquels il exprime une réelle tendresse. En cela, « Super 8  » est un film très premier degré. Si les bons sentiments qu’il développe provoqueront sans doute les sarcasmes des cyniques, les autres seront surpris de la très forte émotion suscitée par certaines scènes. A ce titre, les révélations concernant chacun des héros sont très bien amenées, tout comme celles liées au ‘mystère’ de l’intrigue principale, laissant le spectateur comprendre peu à peu les quelques zones d’ombre jalonnant le récit. S’il ne développe pas une histoire particulièrement originale, le film est donc une vraie réussite d’un point de vue scénaristique.

Joel Courtney - I have a bad feeling about this.

La mise en scène d’Abrams reflète elle-aussi ce refus de se conformer aux diktats esthétiques des super-productions actuelles. Ample et élégante, évitant tout surdécoupage de l’action, elle cherche clairement à retrouver l’efficacité des meilleures réalisations de Steven Spielberg. Certaines séquences sont sans équivoque, notamment l’attaque d’un fourgon par le ‘mystère’ du film, faisant directement référence à l’apparition du T-Rex dans « Jurassic Park » (1993). Il faut aussi noter l’emploi permanent de la suggestion, remarquable à une époque où les effets spéciaux numériques permettent de tout montrer à l’écran. Outre le fait d’autoriser la vision du film à tous les publics, ce procédé stimule l’imagination du spectateur et génère en lui un réel sentiment d’angoisse au détour de nombreuses scènes. « Super 8  » peut donc se voir comme le manifeste d’un cinéma de divertissement délicieusement suranné, ayant une totale confiance en l’intelligence de ses spectateurs, et prouvant que la rentabilité n’est pas forcément incompatible avec l’ambition artistique.

Finalement, le seul reproche que l’on pourrait faire à « Super 8  » , mais aussi à l’ensemble de la filmographie actuelle de son auteur, c’est son trop grand respect pour ses modèles et la difficulté qu’il semble avoir à s’en éloigner. Si J.J. Abrams est indéniablement un très grand conteur doublé d’un technicien hors pair, il lui reste encore à insuffler une vision réellement personnelle à ses projets. On a souvent fait ce reproche à Steven Spielberg, mais toute sa filmographie est là pour nous rappeler que le divorce et les conséquences pour l’enfant sont au centre de ses préoccupations. Dans « Super 8  » il est difficile de déceler des obsessions chez Abrams, si ce n’est son amour sans limite pour le septième art. C’est d’ailleurs dans la manifestation de cette croyance sans faille au pouvoir de l’image, quand on assiste à la révélation d’une actrice sous l’oeil d’une caméra, ou encore quand un petit garçon visionne les vidéos de sa mère disparue, que se situent les pics émotionnels du métrage. Les autres ressorts sentimentaux, bien que très efficaces, sonnent plus artificiels. Peut être que d’ancrer le récit de nos jours plutôt qu’en 1979 (surtout que rien ne le justifie, si ce n’est la nostalgie d’une époque) aurait permis à Abrams de s’éloigner davantage de ses modèles spielbergiens, le poussant à réinventer un genre qu’il affectionne tout particulièrement ? Une vision personnelle, c’est ce qui manque à ce néanmoins remarquable « Super 8  » .

S’il n’innove en rien, le film ne déçoit pas une seule seconde. Animé par un désir sincère de provoquer la suspension de l’incrédulité chez un maximum de spectateurs, c’est un film familial au sens noble du terme. Simple mais pas simpliste, enfantin mais jamais niais, « Super 8  » est un spectacle total, qui fait rire et frissonner autant qu’il est capable d’émouvoir. Un certain idéal du cinéma en somme.

« Super 8  » – réalisé par J.J. Abrams – avec Joel Courtney, Kyle Chandler, Elle Fanning – sortie le 3 août 2011

Written by critikju

juillet 24, 2011 at 7:41

Publié dans Cinéma - Sorties 2011