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Archive for avril 2011

« Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme » de Tsui Hark (2011)

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Le grand Tsui Hark revient en force avec un divertissement de très haute volée.

La sortie dans les salles françaises de la nouvelle réalisation de Tsui Hark est un évènement. En premier lieu, parce qu’il est rare de pouvoir découvrir sur grand écran un blockbuster hongkongais, ces derniers étant généralement réservés au marché du DVD en occident. Ensuite, parce que Tsui Hark est un immense metteur en scène et que, après quelques œuvres mineures, il semble avoir retrouvé une seconde jeunesse. Enfin, parce que « Détective Dee (…) » est tout simplement un excellent divertissement, virevoltant et dépaysant, qui réussit le mélange parfait entre la fresque Historique, le serial à l’américaine et le Wu Xia Pian (film de sabre chinois).

L’action de « Détective Dee (…) » prend place en l’an 690. Wu Zetian (Carina Lau) s’apprête à devenir la première et unique impératrice de Chine après huit ans de régence. Alors qu’ont lieu les préparatifs de son couronnement, des membres de son entourage sont victimes de combustions spontanées et son accession au trône se voit dés lors menacée. Sous les conseils du chef religieux du pays, elle décide de faire appel au juge Dee (Andy Lau), un de ses anciens opposants, pour qu’il découvre quel complot se cache derrière cet inquiétant mystère. Armé de son légendaire sens de la déduction (à faire passer Sherlock Holmes pour un amateur), Dee va prendre très à cœur cette enquête, quitte à se faire entrainer dans des aventures de plus en plus surréalistes.

Si le film captive dés ses premières séquences, ces dernières font aussi apparaitre ses plus gros défauts : porté par la créativité sans limite ni retenue de Tsui Hark, « Detective Dee (…) » jongle en permanence entre le sublime et le kitch absolu. Cette ambivalence se ressent en premier lieu dans le rendu visuel du film, où des décors magnifiques cohabitent avec des images de synthèse terriblement laides. Puis, au fur et à mesure que l’intrigue se met en place, les rebondissements les plus inattendus côtoient des artifices scénaristiques particulièrement capiloctractés. Enfin, bien que constamment inventive (Tsui Hark étant un grand expérimentateur), la mise en scène semble elle-aussi adopter cette logique. N’hésitant pas à bousculer les codes de la narration par l’image au détour de chaque scène, cette dernière peut parfois paraitre épuisante, bien qu’étant toujours extrêmement pensée et recherchée.

Pourtant, le film fonctionne et nous transporte comme peu de blockbusters en sont capables. C’est là où réside tout le génie de Tsui Hark : ce brassage d’idées disparates n’apparait jamais comme vain ou déplacé. Au contraire, quand on l’envisage dans sa globalité, le film semble d’une cohérence absolue, comme s’il avait lui-même sa propre logique et ses propres codes, issus de l’imagination débordante et de la virtuosité indiscutable de son metteur en scène. Au-delà des ses quelques défauts, « Détective Dee (…) » est ainsi porté par un souffle créatif hors du commun, signe d’un auteur en pleine possession de ses moyens. A ce titre, la dernière demi-heure, pleine de densité et de souffle épique, est un monument d’action et d’émotion.

Andy Lau – Sabrons le retour de Tsui Hark.

« Détective Dee (…) » est donc un pur plaisir cinématographique, certes parfois bordélique, mais qui privilégie l’imaginaire à la rigueur formelle. Se permettant toutes les audaces narratives et stylistiques, Tsui Hark invite le spectateur à redécouvrir le sens du mot « fantaisie ». Devant l’abondance d’œuvres aussi originales que des plaquettes d’entreprise, il serait bien dommage de ne pas se laisser tenter.

« Détective Dee : Le Mystère de la flamme fantôme » – réalisé par Tsui Hark – avec Andy Lau, Bingbing Li, Tony Leung Ka Fa – en salles depuis le 20 avril 2011

Written by critikju

avril 22, 2011 at 2:33

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« Scream 4 » de Wes Craven (2011)

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11 ans après un oubliable troisième volet, Wes Craven ressuscite le célèbre « Ghostface » et signe enfin une séquelle digne du premier épisode.

Sorti en 1996, « Scream » fut un véritable succès surprise. Adulé par le public et la critique, ce petit film, doté d’un faible budget de 15 millions de dollars, en engrangea 173 millions. Accédant au statut d’œuvre culte, il fut le précurseur d’un nouveau courant très en vogue à la fin des années 90 : le néo-slasher. Ce sous-genre, volontairement calibré pour un public adolescent, fut conspué à raison par les fans de cinéma horrifique. Peu sanglants, dotés d’intrigues bancales et d’un cynisme rendant impossible toute identification aux protagonistes, ces films sont considérés par les puristes comme les fossoyeurs du cinéma d’horreur des glorieuses années 70/80. Rapidement identifié comme étant l’instigateur du mouvement, « Scream », peu aidé par ses suites médiocres, fut dés lors ouvertement critiqué.

Pourtant, si le film originel ne méritait sans doute pas son colossal succès, l’animosité qu’il suscite encore chez certains semble disproportionnée. Car, 15 ans après sa sortie, « Scream » n’a rien perdu de son efficacité. S’appréciant autant au premier qu’au second degré, il reste un excellent thriller pop-corn, s’amusant à parodier avec plus au moins de subtilité les codes du slasher-movie. S’appuyant sur le script (plus malin que réellement solide) de Kevin Williamson et les interprétations de jeunes stars du petit écran des années 90, « Scream » devait aussi sa réussite à la mise en scène du roublard Wes Craven qui, à l’époque, cherchait visiblement à s’éloigner du genre horrifique qui l’avait pourtant consacré. Si ce dernier est certainement le « maître du suspense » le plus surestimé de l’Histoire du cinéma (tous ses films « cultes » ont horriblement vieilli), la sobriété dont il faisait preuve dans « Scream » servait considérablement le métrage (revoir la tétanisante scène d’introduction avec Drew Barrymore pour s’en convaincre). Enfin, si l’on peut reprocher beaucoup de choses au bonhomme (son opportunisme en tête), force est de constater qu’il a toujours eu un certain talent pour flairer l’air du temps. Avec « Scream », il se mettait ainsi dans la peau de spectateurs cinéphiles et leur offrait un spectacle postmoderne très divertissant, permettant une réflexion amusante et respectueuse du genre traité.

Le temps a passé et le néo-slasher a heureusement disparu au profit d’un retour à un cinéma plus « premier degré ». Une nouvelle décennie d’horreur s’est écoulée et, avec elle, son lot de chefs d’œuvre et de purges innommables. Si les années 2000 ont été marquées par le sacre du cinéma fantastique hispanique ainsi que l’émergence d’excellents artisans (Rob Zombie en tête), elles auront aussi été jalonnées par des remakes plus ou moins inspirés des grands classiques du genre, ainsi que par les films parfois douteux de « torture-porn », dont la saga « Saw » en reste historiquement le fer de lance. C’est dans ce contexte que Craven et Williamson ont décidé de ressusciter « Scream ». Si la mise en œuvre d’un tel projet avait de quoi effrayer (surtout au regard des catastrophiques dernières réalisations de Wes Craven), l’annonce en 2009 du retour au grand complet du casting d’origine (le trio Campbell – Arquette – Cox) s’était avérée rassurante.

Alors verdict ? Sortez le champagne : « Scream 4 » est tout simplement le meilleur volet de la saga depuis le premier ! Conscient du caractère casse-gueule de leur projet, Williamson et Craven ont pris la décision de jouer la carte de la comédie et de l’autodérision. Ce choix se révèle ici plus que pertinent, tant ces ingrédients fonctionnent à 200%. Dés la géniale scène d’introduction et sa jouissive mise en abîme, le spectateur se retrouve happé dans l’univers fun et décalé du film. Il le restera pendant près de deux heures, fort d’assister à un spectacle vif, rythmé et extrêmement drôle. Alors certes, l’ironie constante du métrage désamorce toute tentative de provoquer la peur, l’humour omniprésent engendrant trop de détachement vis à vis des personnages pour permettre une réelle identification chez le spectateur. Mais qu’importe, tant le caractère ultra-divertissant de « Scream 4 » se suffit à lui-même, et tant le plaisir de retrouver Sidney Prescott, Dewey et Gale Weathers est indéniable. On est certes en terrain connu mais redécouvrir cette saga culte au meilleur de sa forme est un vrai bonheur.

"Ghostface" & Courteney Cox - Qui cherche qui ?

Pourtant, là où « Scream 4 » surprend le plus, c’est dans son audacieuse dernière demi-heure. Si Craven profite de ce nouveau film pour égratigner ce qu’il considère comme les dérives du cinéma d’horreur actuel, ses piques restent anodines face à sa critique acerbe et sans concession d’une nouvelle génération de plus en plus obnubilée par la course à la célébrité. Car, quand arrive la fin et l’indispensable « twist », ce n’est pas l’identité du tueur qui interpelle mais clairement sa motivation. Ce mobile, d’une noirceur terrifiante, apporte ainsi une nouvelle dimension au film, lui conférant un caractère plus politique et subversif, et trouvant un écho particulièrement troublant à certaines dérives pathétiques de notre société… Cependant, on reste dans un « Scream » et le message transmis ne se fait jamais au détriment du caractère « fun » de l’ensemble, le divertissement primant toujours sur la branlette intellectuelle (ce qui, en soit, est plutôt un signe d’intelligence).

« Scream 4 » est donc le digne successeur du premier film. Drôle, malin et bien construit, il s’apparente à un petit miracle au regard de l’histoire d’une saga que l’on pouvait considérer comme morte et enterrée. Alors ressortez le pop-corn et faites vous une toile : il y avait longtemps que la « peur » n’avait pas été aussi drôle !

« Scream 4 » – réalisé par Wes Craven – Avec Neve Campbell, David Arquette, Courteney Cox – en salles depuis le 13 avril 2011

Written by critikju

avril 19, 2011 at 1:01

Publié dans Cinéma - Sorties 2011