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« Winter’s Bone » de Debra Granik (2011)

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Un portrait sombre et réaliste d’une Amérique (très) profonde. Une atmosphère unique, âpre et poisseuse, rehaussant un scénario qui s’étire en longueur.

« Winter’s Bone », second long métrage de l’américaine Debra Granik, débute sur une série de plans brillants nous transportant instantanément dans le Missouri profond. Bois lugubres, maisons délabrées, galerie de gueules, familles démunies… En quelques minutes, la réalisatrice créé une ambiance superbe, extrêmement immersive, provoquant un réel malaise chez le spectateur. Difficile en effet de ne pas être déboussolé par cet univers anachronique, évoquant le magnifique « Délivrance » (1972) de John Boorman, où la pauvreté et la détresse humaine contrastent avec l’image de l’Amérique triomphante à laquelle nous sommes habitués. En parallèle à cette très belle exposition, Granik nous présente son héroïne, la jeune Ree, magnifiquement interprétée par Jennifer Lawrence (une révélation). Via un découpage d’une grande finesse et une série de brèves scènes toujours percutantes, on découvre une jeune fille de 17 ans, contrainte de s’occuper de sa mère malade et de ses petits frères et soeurs, mais rêvant d’un avenir meilleur (désirs de maternité et d’évasion, via une hypothétique carrière dans l’armée…). Malheureusement, tout bascule quand Ree apprend la disparition de son père, dealer de méthamphétamine en liberté conditionnelle, ayant hypothéqué la maison familiale afin de pouvoir payer sa caution. Pour préserver sa famille et conserver son foyer, la jeune fille se voit donc contrainte de retrouver son géniteur. En interrogeant les différents autochtones de la région, elle comprend peu à peu que sa disparition n’est pas le fruit du hasard…

Fort de son admirable atmosphère, « Winter’s Bone » démarre dés lors sous les meilleurs auspices. Hélas, la suite n’est pas à la hauteur de toutes ces belles promesses. Si l’histoire ne manque pas d’enjeux, elle se déroule de manière bien trop linéaire pour maintenir notre attention tout au long des 1h40 du métrage. Pourtant, après la mise en place d’un tel univers, on pouvait s’attendre à un très grand film noir, violent et existentiel, dans la lignée des meilleurs polars américains. Le résultat final ressemble malheureusement à un essai des frères Dardenne qui se seraient expatriés dans le Missouri. Si les adeptes d’un cinoche auteurisant seront aux anges, les autres se contenteront de quelques rebondissements attendus et d’une petite poignée de scènes véritablement saisissantes, perdues dans un océan de contemplation. Si le film réussissait au départ un mélange équilibré de plusieurs genres incisifs, il délaisse peu à peu sa structure de thriller au profit du simple drame social, le faisant basculer dans une certaine austérité. C’est d’autant plus dommageable que l’atmosphère, l’interprétation et la mise en scène de l’ensemble restent toujours d’excellente facture.

Jennifer Lawrence - Missouri blues.

Grand Prix du Jury du dernier festival de Sundance, « Winter’s Bone » promettait beaucoup. S’il possède de multiples qualités (ambiance fabuleuse et interprétation hors pair), la trop grande linéarité de son intrigue finit par le desservir. Cette réussite en demi-teinte est véritablement frustrante au vue de l’impressionnant talent de mise en scène dont fait preuve Debra Granik. Du coup, on a envie de découvrir les futurs projets de la réalisatrice, en espérant qu’elle délaisse partiellement son approche contemplative au profit d’un style plus frontal et percutant.

« Winter’s Bone » – réalisé par Debra Granik – avec Jennifer Lawrence, John Hawkes, Kevin Breznahan – sorti le 2 mars 2011

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Written by critikju

mars 1, 2011 à 12:21

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

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