critikju

Just another WordPress.com site

« 127 heures » de Danny Boyle (2011)

leave a comment »

Danny Boyle signe un huis clos éprouvant, avec un James Franco au sommet.

Danny Boyle n’est pas le plus subtil des cinéastes. Grand amateur d’effets appuyés de mise en scène, certains de ses films ressemblent parfois à de longs clips pour MTV, ce qui a le don d’agacer les ayatollahs du bon goût cinématographique. Pourtant, s’il y a une chose qu’on ne peut pas lui enlever, c’est de traiter frontalement tous ses sujets, avec une énergie rare. Après l’addiction à l’héroïne dans « Trainspotting » (1996), les Zombies dans « 28 jours plus tard » (2004) ou encore la fresque indienne de « Slumdog Millionnaire » (2008), le réalisateur anglais s’attelle aujourd’hui à l’histoire vraie d’Aron Ralston, jeune alpiniste américain s’étant retrouvé coincé pendant plus de six jours dans un canyon reculé de l’Utah, jusqu’à ce qu’il réussisse à s’en extraire en s’amputant lui-même le bras…

Comme à son habitude, Danny Boyle adopte dans « 127 heures » un style clipesque susceptible de lasser une partie du public. Split screens à foison, emploi récurrent de musique pop, plans outranciers, sa « patte » est immédiatement reconnaissable. Lorsqu’il s’agit d’illustrer la pensée de son héros, ses tics de réalisation s’avèrent effectivement hors sujet. L’histoire de Ralston, forcément introspective, aurait mérité un traitement plus sobre afin de susciter davantage d’émotion. Hélas, l’avalanche d’effets gratuits illustrant le cheminement psychologique d’Aron génère parfois de la distance envers ce dernier, désamorçant l’empathie ressentie par le spectateur vis-à-vis de son histoire personnelle. On peut le regretter, d’autant plus que le sujet s’y prêtait.

Mais Danny Boyle n’a visiblement pas la prétention de développer une réflexion profonde sur la fragilité de la destinée humaine. Son objectif est avant tout de captiver son audience via un spectacle viscéral et sans concession. De ce point de vue, le pari est plus que réussi. D’une rare brutalité, « 127 heures » ne ménage pas son spectateur, l’emmenant très loin dans le ressenti d’une violence physique et psychologique jusqu’au-boutiste. A ce titre, la scène « clé » de l’auto-amputation est absolument tétanisante. Pour l’anecdote, elle aura réussi à provoquer une syncope chez une spectatrice pendant la séance à laquelle j’ai assisté… Ames sensibles, s’abstenir donc ! Pour les autres, à l’heure d’un cinéma devenu de plus en plus pantouflard, il est tellement rare d’assister à un spectacle si intense qu’il serait dommage de passer à côté.

James Franco - Haut la main.

Dans le rôle principal, James Franco est impérial. D’une incroyable justesse de ton, il rend éminemment attachant le personnage de Ralston. Le pari était pourtant loin d’être gagné, les imprudences de ce dernier étant susceptibles d’engendrer un certain mépris de la part du public. Mais Franco apporte une vraie humanité au personnage. Se révélant tour à tour drôle et émouvant, sa performance culmine dans une scène où il parodie avec un cynisme jouissif une émission de télévision. Assurément, il s’impose comme l’un des plus grands acteurs de sa génération. Sa nomination récente aux Oscars apparait dés lors comme totalement justifiée.

Excellemment interprété et mis en scène avec énergie, « 127 heures » n’est certes pas la puissante évocation de la condition de l’Homme face à la nature que son sujet pouvait permettre d’espérer. Il reste néanmoins un excellent survival, sanglant et brut de décoffrage, qui devrait vous scotcher à votre siège pendant plus d’1h30.

« 127 heures » de Danny Boyle – avec James Franco, Amber Tamblyn, Kate Mara – sorti le 23 février 2011

Publicités

Written by critikju

février 24, 2011 à 12:57

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :