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« A bout portant » de Fred Cavayé (2010)

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Gilles Lellouche - Dans le métro, personne ne vous entendra crier.

Cavayé ressuscite un genre tombé en désuétude dans l’hexagone et accouche d’un très grand film d’action.

Me plaignant régulièrement d’un cinéma français vampirisé par un auteurisme puant et des comédies lourdingues et complaisantes, c’est avec une joie immense que je suis ressorti de la projection d’« A bout portant ». Populaire mais exigeant, malin mais sincère, le second film de Fred Cavayé (après l’excellent « Pour elle » en 2008) est une petite merveille d’adrénaline, comme on aimerait en voir plus souvent dans nos contrées.

En narrant l’histoire d’un monsieur tout-le-monde pris dans l’engrenage des circonstances, dont l’unique objectif est de sauver sa femme enceinte des griffes de personnages tous plus corrompus les uns que les autres, Cavayé entraine son spectateur au cœur d’une véritable montagne russe, privilégiant les enjeux émotionnels à une intrigue somme toute classique. A ce titre, les cyniques trouveront leur mot à dire sur les nombreuses incohérences qui jalonnent le film. Mais, comme l’expliquait si justement Hitchcock, la vraisemblance au cinéma est secondaire. Dans un art où tout repose sur l’illusion et la narration, c’est la mise en scène qui reste capitale.

De ce point de vue, Cavayé excelle en offrant un spectacle rarement vu dans une fiction française. Cadres inventifs, découpages brillants, sa maitrise de la grammaire du cinéma d’action est phénoménale. Avec un budget restreint (6 millions d’euros), il se paye même le luxe de ringardiser certaines productions hollywoodiennes, en offrant des scènes ultra-dynamiques d’une lisibilité sans faille, alors que la mode d’aujourd’hui privilégie un montage hystérique (cf. la trilogie Jason Bourne). L’inoubliable séquence dans le métro parisien est ainsi la parfaite illustration de son talent. Hallucinante en terme de maitrise de l’espace, elle devrait scotcher à leurs sièges les âmes les plus endurcies.

Après 1h30 d’un spectacle total, viscéral et sans concession, ne relâchant jamais la pression, on ressort exalté de la projection. Le cinéma français, ce n’est pas seulement des bobos du XVIème entrain de se lamenter dans une chambre, ni uniquement des comédies pour beaufs adeptes du club med. Non, c’est aussi des films de genre populaires, hérités de très grands réalisateurs comme Melville ou Verneuil. Cavayé nous le rappelle ici avec génie. Un grand cinéaste en devenir, dont on attend avec impatience les prochaines livraisons.

“A bout portant” – réalisé par Fred Cavayé – avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin – sorti le 1er décembre 2010

N°9 du top 2010
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Written by critikju

janvier 25, 2011 à 1:37

Publié dans Cinéma - Sorties 2010

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