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Archive for janvier 2011

« I love you Phillip Morris » de Glenn Ficarra & John Requa (2010)

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Une comédie provocatrice et déjantée, trompant le spectateur avec panache pour mieux l’emmener sur le terrain de l’émotion. Jim Carrey et Ewan McGregor y livrent l’une des meilleures performances de leurs carrières.

Un film fou, avec un fou, réalisé par des fous, sur l’amour fou. Voilà comment pourrait se résumer « I love you Phillip Morris », comédie euphorisante décrivant le parcours incroyable (mais vrai) de Steven Russel (Jim Carrey), détenu américain condamné à 144 ans de prison. Père de famille, flic débonnaire, homosexuel décomplexé, arnaqueur professionnel, menteur maladif, Russel aura endossé de multiples casquettes. Mais il restera surtout l’éternel amant de Phillip Morris (Ewan McGregor), un doux rêveur au cœur d’artichaut, qu’il avait rencontré au cours de l’un de ses innombrables séjours dans les pénitenciers du Texas.

« […] Phillip Morris » a été un projet extrêmement difficile à monter pour ses deux réalisateurs débutants (Glenn Ficarra et John Requa). Il faut dire que son sujet, traitant d’une histoire d’amour entre deux homosexuels, sur fond de polémique sur la justice parfois partiale du Texas, l’exposait dés ses origines aux foudres de la censure. Malgré l’arrivée d’Ewan McGregor et de Jim Carrey au casting (dont ce dernier dira, à juste titre, que ce film est le plus important de sa carrière avec « Man on the Moon » et « Eternal Sunshine of the Spotless Mind »), le projet n’a finalement pu aboutir que grâce au soutien financier de Luc Besson, via sa société « Europacorp ». Etant le premier à me plaindre du bonhomme pour certaines de ses productions opportunistes, je ne peux ici que saluer son courage d’avoir accepté de participer à une telle entreprise.

Comme à leur habitude, les censeurs se sont ici trompés de cible en ne comprenant pas le réel sujet du film. Ni un hymne à l’homosexualité, ni un pamphlet politique sur la justice américaine, « I love you Phillip Morris » est avant tout un grand film sur l’identité, à la portée universelle. Par son parcours chaotique, Steven Russel nous renvoie à nos choix, à nos erreurs et aux doutes qui en découlent. Dés la première scène de l’oeuvre, en apprenant qu’il a été adopté, le petit Steven voit ses certitudes s’écrouler. Dés lors, toute sa vie ne sera qu’une succession d’arnaques et de tromperies, l’enfermant dans une spirale de mensonges, désorganisant définitivement tous ses repères. Au final, il ne trouvera son salut que dans l’amour inconditionnel qu’il ressent pour Phillip. C’est dans cette évidence que se trouve toute la beauté de ce film hors norme. Car, finalement, qu’est-ce qui nous définit en tant que personne ? Est-ce notre profession, notre place dans la société ou encore notre sexualité ? Et si c’était, tout simplement, l’amour que nous portons aux autres ?

Ewan McGregor & Jim Carrey - Je t'aime, toi aussi.

« J’aime donc je suis », tel est le message poignant de cette formidable comédie, construite à l’image de son personnage principal, brouillant les pistes avec malice pour mieux appuyer son propos. Reposant sur une réalisation vive et élégante, ainsi qu’un duo d’acteurs au sommet de leur art, « I love you Phillip Morris » est une petite merveille de drôlerie et d’émotion.

« I love you Phillip Morris » – réalisé par Glenn Ficarra & John Requa – avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann – sorti le 10 février 2010

N°7 du top 2010

Written by critikju

janvier 31, 2011 at 2:28

Publié dans Cinéma - Sorties 2010

« Buried » de Rodrigo Cortés (2010)

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Exploitant au maximum un concept minimaliste, Rodrigo Cortés invite les spectateurs les moins claustrophobes à vivre un véritable cauchemar sur pellicule. Un suspense intense et éprouvant, mais surtout terriblement jouissif.

La séquence de l’enfermement dans un cercueil a été vue un nombre incalculable de fois au cinéma, si bien que ses codes semblent désormais parfaitement assimilés par l’inconscient collectif. Dans les exemples récents, on peut citer la fameuse scène du cimetière de « Kill Bill Vol. 2 » (2004). Il fallait donc faire preuve d’un sacré courage pour mettre en chantier un long métrage basé uniquement sur ce sujet. Ayant bénéficié d’une très grande réflexion en pré-production, « Buried » repose sur deux piliers parfaitement pensés et relève le défi avec succès.

Le premier d’entre eux est un scénario d’une efficacité redoutable. Adoptant en permanence le point de vue de son héros (brillamment interprété par Ryan Reynolds), l’intrigue est si judicieusement bâtie que le spectateur ne cerne l’action que simultanément au pauvre Paul Conroy. Jamais il n’a une longueur d’avance sur le protagoniste et les évènements tragiques qui le frappent. L’identification est donc totale, l’empathie ressentie pour l’homme provoquant des sensations d’étouffement à la limite du supportable. Les innombrables rebondissements jalonnant le métrage finissent de capter toute l’attention de l’audience. Cependant, si elle est plus que louable, cette recherche permanente d’efficacité est aussi à l’origine des rares réserves que l’on peut témoigner au film. On aurait ainsi aimé quelques pauses supplémentaires dans l’intrigue, nous permettant de ressentir davantage le calvaire psychologique du héros. En se concentrant uniquement sur le ressenti de Conroy et en évitant certaines facilités (comme un message politique aussi simpliste qu’inutile), le scénario de « Buried » aurait débouché sur un chef d’œuvre total. En l’état, il n’est juste qu’un excellent film.

Ryan Reynolds - Une lueur d'espoir ?

Cependant, ces quelques réserves n’entachent en rien les qualités de ce spectacle brillant, son second pilier (sa mise en scène) dynamitant ses menus défauts. Car, à partir d’un matériel de base minimaliste, Rodrigo Cortés développe une réalisation virtuose. Le défi était pourtant de taille : comment éviter de lasser les spectateurs en filmant un personnage unique dans un lieu minuscule, pendant 90 minutes ? Contre toutes attentes, les limites imposées par son cadre poussent le réalisateur à se dépasser. Inspiré de bout en bout, il accouche d’une mise en scène brillante, à la fois variée, dynamique et viscérale, faisant preuve, malgré ses contraintes, de plus d’innovation que 95% des thrillers hollywoodiens à gros budgets. D’une inventivité constante, le travail de Rodrigo Cortés est ici un véritable exemple de la manière dont il est possible de transcender un sujet avec des moyens réduits.

Le surprenant dénouement (dont nous tairons ici la teneur) finira de convaincre les plus sceptiques que l’expérience offerte ici n’a rien de classique. « Buried » est une claque, un coup de massue, rappelant à quel point il peut être jouissif de se faire malmener au cinéma.

« Buried » – réalisé par Rodrigo Cortés – avec Ryan Reynolds – sorti le 3 Novembre 2010

N°8 du top 2010

Written by critikju

janvier 27, 2011 at 4:45

Publié dans Cinéma - Sorties 2010

« Au-delà » de Clint Eastwood (2011)

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Un naufrage total.

Il fallait bien que ça arrive. Après une série presque ininterrompue de chefs-d’oeuvre, il était statistiquement normal que Clint Eastwood nous livre un jour un film médiocre. Mais rien ne laissait présager d’une telle catastrophe. N’y allons pas par quatre chemins : « Au-delà » est un navet, indigne du talent du Maître.

Plutôt que de descendre sans sommation cette « œuvre », le respect que j’ai pour ce grand Monsieur me pousse à analyser les raisons d’un tel ratage. L’échec lui est-il totalement imputable ? La réponse est clairement non. La faute première revient à un scénario d’une nullité abyssale, pourtant signé par le très correct Peter Morgan, auteur notamment du script de « The Queen » (2006). L’idée d’un film choral, décrivant comment la mort affecte les existences de personnes diverses, était certes casse-gueule, mais aurait pu aboutir sur quelque chose de brillant. Encore fallait-il développer des personnages un minimum charismatiques, puis s’affairer à les confronter à des événements suffisamment intéressants pour captiver l’audience. Morgan échoue sur toute la ligne. Son travail fait preuve d’un tel renoncement qu’on ne peut que lui témoigner notre mépris le plus total. Que ce soit la journaliste française ayant survécu au tsunami de 2004, le médium américain dont la vie est plombée par son don ou l’enfant ayant perdu prématurément son frère jumeau, aucun des trois protagonistes ne bénéficie d’un traitement correct. Le semblant de réflexion qui les anime est au mieux sans intérêt, au pire ridicule. Enchaînant les clichés, l’intrigue ne se compose que d’une succession de banalités affligeantes. A ce titre, la réunion finale des trois héros, rendue possible par de scandaleux raccourcis scénaristiques, est tellement téléphonée que même les spectateurs les plus indulgents ne pourront que s’indigner d’être pris à ce point pour des buses. Quant à la grande réflexion attendue sur l’après-vie, on repassera : vous en apprendrez plus sur les NDE ou autres thèmes en rapport avec le sujet en consultant wikipedia.

Clint Eastwood & Cécile de France - Eternels regrets.

A partir d’une base aussi inepte, il était presque impossible de pondre un film correct. On peut alors s’interroger sur les motivations qui ont poussé Eastwood à accepter de s’embarquer dans une telle galère. Peut-être croyait-il avoir entre les mains suffisamment de matière pour exprimer ses interrogations sur la fin de sa propre vie ? Si c’est le cas, au vue du résultat, on peut affirmer avec beaucoup de complaisance que ses bonnes intentions ne se sont guère concrétisées. Si, aux détours de rares scènes (le tsunami et la mort de l’enfant), le grand homme arrive à faire naître un embryon d’émotion, il semble en roue libre la grande majorité du temps. Contraint de mettre en scène des situations d’une médiocrité constante, Clint se repose sur ses acquis, filmant ses personnages de manière statique comme dans le plus minable des téléfilms, sans oublier d’en rajouter dans le pathos avec sa traditionnelle ritournelle bluesy au piano, ici totalement hors sujet. Le spectateur se voit dés lors confronté à une succession de scènes d’un ridicule embarrassant. Entre un monologue crétin sur Mitterrand, une illustration des NDE torchée à Photoshop, un cours de cuisine érotico-con juste bon à exciter Maïté ou encore une visite mystique dans un institut de soins palliatifs suisse (?), rien ne lui sera épargné. Quant à la « direction » d’acteurs, je préfère éviter le sujet : les catastrophiques séquences françaises parleront d’elles-mêmes.

Lors de la séquence finale, à la symbolique d’une lourdeur affligeante, Eastwood tente de nous expliquer que les questionnements sur la mort ne doivent en aucun cas nous empêcher de vivre pleinement. La vie est belle, nous dit le grand Clint, savourez là. On est bien d’accord. Je vous invite à suivre son conseil : ne perdez pas deux heures de votre précieux temps en visionnant cette purge, sans aucun doute le pire film de son auteur.

« Au-delà » – réalisé par Clint Eastwood – avec Matt Damon, Cécile de France, George & Frankie McLaren, Bryce Dallas Howard – sorti le 19 janvier 2011

Written by critikju

janvier 26, 2011 at 8:39

Publié dans Cinéma - Sorties 2011

« A bout portant » de Fred Cavayé (2010)

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Gilles Lellouche - Dans le métro, personne ne vous entendra crier.

Cavayé ressuscite un genre tombé en désuétude dans l’hexagone et accouche d’un très grand film d’action.

Me plaignant régulièrement d’un cinéma français vampirisé par un auteurisme puant et des comédies lourdingues et complaisantes, c’est avec une joie immense que je suis ressorti de la projection d’« A bout portant ». Populaire mais exigeant, malin mais sincère, le second film de Fred Cavayé (après l’excellent « Pour elle » en 2008) est une petite merveille d’adrénaline, comme on aimerait en voir plus souvent dans nos contrées.

En narrant l’histoire d’un monsieur tout-le-monde pris dans l’engrenage des circonstances, dont l’unique objectif est de sauver sa femme enceinte des griffes de personnages tous plus corrompus les uns que les autres, Cavayé entraine son spectateur au cœur d’une véritable montagne russe, privilégiant les enjeux émotionnels à une intrigue somme toute classique. A ce titre, les cyniques trouveront leur mot à dire sur les nombreuses incohérences qui jalonnent le film. Mais, comme l’expliquait si justement Hitchcock, la vraisemblance au cinéma est secondaire. Dans un art où tout repose sur l’illusion et la narration, c’est la mise en scène qui reste capitale.

De ce point de vue, Cavayé excelle en offrant un spectacle rarement vu dans une fiction française. Cadres inventifs, découpages brillants, sa maitrise de la grammaire du cinéma d’action est phénoménale. Avec un budget restreint (6 millions d’euros), il se paye même le luxe de ringardiser certaines productions hollywoodiennes, en offrant des scènes ultra-dynamiques d’une lisibilité sans faille, alors que la mode d’aujourd’hui privilégie un montage hystérique (cf. la trilogie Jason Bourne). L’inoubliable séquence dans le métro parisien est ainsi la parfaite illustration de son talent. Hallucinante en terme de maitrise de l’espace, elle devrait scotcher à leurs sièges les âmes les plus endurcies.

Après 1h30 d’un spectacle total, viscéral et sans concession, ne relâchant jamais la pression, on ressort exalté de la projection. Le cinéma français, ce n’est pas seulement des bobos du XVIème entrain de se lamenter dans une chambre, ni uniquement des comédies pour beaufs adeptes du club med. Non, c’est aussi des films de genre populaires, hérités de très grands réalisateurs comme Melville ou Verneuil. Cavayé nous le rappelle ici avec génie. Un grand cinéaste en devenir, dont on attend avec impatience les prochaines livraisons.

“A bout portant” – réalisé par Fred Cavayé – avec Gilles Lellouche, Roschdy Zem, Gérard Lanvin – sorti le 1er décembre 2010

N°9 du top 2010

Written by critikju

janvier 25, 2011 at 1:37

Publié dans Cinéma - Sorties 2010

« Scott Pilgrim VS the World » d’Edgar Wright (2010)

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L’apprentissage de l’amour décrit à travers les yeux d’un geek ordinaire. Un hymne avant-gardiste et tendre à la génération des années 80.

Réalisateur des géniaux « Shaun of the Dead » (2004) et « Hot Fuzz » (2007), l’anglais Edgar Wright s’est ici attelé à l’adaptation du comic book éponyme de Bryan Lee O’Malley. Cette petite BD sans prétention narre les mésaventures de Scott Pilgrim, un jeune homme un peu paumé, confronté aux sept ex maléfiques de sa nouvelle petite amie. Avant de vivre le bonheur parfait avec cette dernière, il devra tour à tour affronter ses anciens prétendants, au cours de joutes physiques endiablées. Sur ce postulat rocambolesque, prétexte à un récit initiatique sur le passage à l’âge adulte, c’est à une véritable claque visuelle que nous invite Wright. En mêlant avec brio les codes de la bande dessinée et du jeu vidéo, tout en réussissant à les adapter au langage cinématographique, il livre ici un véritable OVNI, d’une inventivité constante. En s’imposant d’illustrer en permanence la psyché de son héros, Wright se permet toutes les audaces graphiques et narratives. Il en résulte un spectacle visuellement inédit, dont même le cinéphile le plus basé ne pourra que reconnaître l’originalité.

Certes, on peut reprocher au film un scénario parfois répétitif, qui aurait mérité plus de profondeur au vue des immenses possibilités symboliques offertes par un tel univers. Cependant, ce serait minimiser la force d’une œuvre qui, comme aucune autre auparavant, réussit à faire vivre à l’écran une culture encore trop souvent méprisée : celle des geeks, des enfants des années 80, élevés aux jeux-vidéos 8 bits, aux mangas et aux groupes de rock post-grunges. En racontant les aventures de Scott, c’est le portrait d’une génération qui se cherche encore que dépeint Wright. Une génération dont la fantaisie culturelle a parfois été sacrifiée sur l’hôtel de la raison mais qui, plus que jamais, continue d’exister. Avec lucidité, Edgar Wright lui rend ici un hommage sincère, distillant, au delà de ses brillantes digressions visuelles, une mélancolie insoupçonnée.

Mary Elizabeth Winstead & Michael Cera - Il y a un cœur derrière les pixels.

Probablement trop en avance sur son temps, ce futur film culte a injustement fait un flop en salles. Il est encore temps de vous rattraper. Prenez une pièce d’un franc, insérez là dans la borne d’arcade, dites « non » au game over et découvrez cette œuvre pas comme les autres.

« Scott Pilgrim VS the World » – réalisé par Edgar Wright – avec Michael Cera, Mary Elizabeth Winstead, Jason Schwartzman – sorti le 1er décembre 2010

N°10 du top 2010

Written by critikju

janvier 24, 2011 at 11:23

Publié dans Cinéma - Sorties 2010

« The Green Hornet » de Michel Gondry (2011)

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Jay Chou & Seth Rogen

Michel Gondry s’essaye au blockbuster avec talent. Une belle réussite, imputable tout autant à sa grande maitrise technique qu’à un duo d’acteurs étonnants.

« The Green Hornet », par sa genèse complexe, est un projet qui pouvait effrayer. Adapté d’une série télévisée des années 60 (dont le plus grand mérite aura été de révéler Bruce Lee au public occidental), elle-même inspirée d’une émission radiophonique des 50’s, ce long métrage avait été envisagé par les ténors d’Hollywood il y a plus d’une dizaine d’années. Échouant entre les mains de divers réalisateurs, sa mise en chantier a été remise en cause à de nombreuses reprises. Il y a deux ans, alors que l’on croyait le projet enfin sur de bons rails suite à l’arrivée de l’excellent Stephen Chow à la mise en scène, ce dernier claqua la porte pour « différends artistiques ». Le « Frelon Vert » se retrouvant à nouveau orphelin, c’est finalement au frenchy Michel Gondry que fut confiée la lourde tâche de ressusciter le mythique personnage.

Si, depuis ses premiers clips, le génie visuel de Gondry est incontestable, si l’homme a déjà une filmographie jalonnée de réussites indéniables, il n’était pas certain que sa forte personnalité artistique puisse être compatible avec la lourde machinerie Hollywoodienne. Beaucoup de grands metteurs en scène s’y sont essayés, mais rares sont ceux à avoir su s’imposer face aux cahiers des charges hollywoodiens, peu favorables à l’expression d’une vision personnelle.

Contre toutes attentes, Gondry transforme l’essai haut la main, trouvant le parfait compromis entre son rôle de simple technicien et son statut d’auteur. Avec une réelle humilité, il se plie aux exigences commerciales des studios et enchaine les passages obligés. Courses-poursuites et bagarres dantesques sont ainsi filmées avec une efficacité rare. Le contrat du blockbuster est rempli. Cependant, Gondry ne s’efface pas pour autant derrière l’envergure du projet. Aux détours de nombreuses scènes, il réussit à imposer ses obsessions, son amour pour les effets spéciaux bricolés et sa fantaisie visuelle. A titre d’exemple, il offre une séquence en split-screen basée sur un concept jamais vu qui, à elle-seule, mérite le déplacement.

Seth Rogen & Jay Chou - Contre le bourdon, devenez frelons !

Réduire la réussite du film au seul talent de son metteur en scène serait cependant manquer de faire honneur à un scénario se démarquant de la concurrence par un esprit 80’s des plus agréables. Ici, contrairement à la majorité des films familiaux actuels, les deux héros ne sont pas des apôtres de la moralité : ils ne deviennent justiciers que par pur égoïsme, pour palier les manquements de leur existence. Tout le film est construit sur cette ambiguïté morale. Et, même si le bien l’emportera au final, même si la morale sera sauve, il est rassurant de découvrir une histoire cherchant à s’éloigner des clichés du genre.

Enfin, impossible de ne pas rendre hommage au formidable duo composé du Frelon et de son acolyte chinois Kato (campé par l’excellent Jay Chou). C’est tout simplement l’un des plus drôles vus au cinéma depuis le génial face à face Downey JR/Kilmer dans « Kiss kiss bang bang » (2005). Entre eux, les vannes fusent et une réelle complicité s’installe, rappelant les meilleurs buddys movies. A ce titre, le scénario (co-signé par Seth Rogen, l’interprète du Frelon dans le film) est bourré de dialogues au diapason. On ressent la « patte » de l’écurie Judd Apatow, le nouveau maitre de la comédie US, dont Rogen est issu. Alors, certes, le film n’est pas exempt de défauts : l’intrigue est parfois faiblarde, certains seconds rôles sont bâclés. Mais, qu’importe, la folie douce du métrage emporte notre adhésion.

« The Green Hornet » est un divertissement fun, décontracté, parfois visuellement saisissant. Gondry ne s’est pas trahi au cours de son aventure hollywoodienne et accouche d’un blockbuster avec une âme. C’est bien trop rare pour bouder son plaisir.

« The Green Hornet » – réalisé par Michel Gondry – avec Seth Rogen, Cameron Diaz, Jay Chou – sorti le 12 janvier 2011

Written by critikju

janvier 24, 2011 at 4:16

Publié dans Cinéma - Sorties 2011